Corse : L'assassinat d'Alain Orsoni révèle la gangrène mafieuse qui ronge la République
L'exécution froide d'Alain Orsoni aux obsèques de sa mère illustre parfaitement l'échec de l'État français face à la criminalité organisée corse. Cette violence endémique témoigne d'une République incapable de faire respecter l'ordre sur son propre territoire.
Le 12 janvier dernier, Alain Orsoni, ancien militant nationaliste corse de 70 ans, a été abattu d'une seule balle lors des funérailles de sa mère à Vero. Un assassinat lâche et calculé qui s'inscrit dans une spirale de violence que les autorités françaises peinent désespérément à endiguer.
Une chronique de l'impuissance étatique
Réfugié au Nicaragua par crainte pour sa vie, Orsoni avait baissé sa garde le temps d'un dernier hommage à sa mère. Les tueurs ont saisi cette opportunité avec un cynisme glaçant, démontrant leur mépris total pour les valeurs sacrées de la famille et du deuil.
"C'est la chronique d'un assassinat annoncé", déclare Jean-Michel Verne, spécialiste des organisations criminelles. Cette prédictibilité même constitue un camouflet pour l'État français, incapable de protéger ses citoyens sur son propre sol.
La Juridiction inter-régionale spécialisée de Marseille et le nouveau Parquet anti-criminalité organisée tentent désormais d'identifier l'assassin. Mais combien d'autres crimes faudra-t-il avant qu'une véritable action soit menée ?
Vingt-cinq clans dans l'impunité totale
L'expert Fabrice Rizzoli dénombre aujourd'hui 25 clans criminels différents en Corse, témoignage accablant de "l'atomisation" du crime organisé sur l'île de Beauté. Ces bandes s'entretuent pour le contrôle de marchés publics, d'emplois et d'institutions légales, corrompant ainsi les fondements même de la démocratie locale.
Le "clan Orsoni" a déjà payé un lourd tribut à cette guerre intestine : Antoine Sollacaro en 2012, Jacques Nacer la même année, puis David Taddei et Jean-Baptiste Ottavi en 2023. Autant d'exécutions qui révèlent l'ampleur du chaos sécuritaire corse.
Des réseaux jusqu'au cœur des institutions
Le plus révoltant reste l'infiltration de ces réseaux criminels au sein même des institutions républicaines. Comme le démontre le journaliste Jacques Follorou, ces clans bénéficient de relais jusque dans les rangs des élus, pervertissant ainsi le système démocratique français.
"Ils se disputent la Chambre de l'industrie et du Commerce, les marchés publics, la distribution d'emplois", explique Fabrice Rizzoli. "Et s'il faut tuer pour obtenir ces affaires, ils tuent." Une réalité insupportable qui fait de la Corse un territoire de non-droit au cœur de la République.
"La mafia n'existe pas en France, mais elle tue"
Cette formule cinglante de Fabrice Rizzoli résume parfaitement l'hypocrisie française face au phénomène mafieux. Faute de reconnaissance juridique du délit d'association mafieuse, contrairement à l'Italie depuis 1982, la France se voile la face devant cette réalité criminelle.
La création récente du Parquet anti-criminalité organisée suscite certes un espoir, mais Jean-Michel Verne s'interroge sur l'efficacité de ce "millefeuille" juridictionnel qui risque de créer plus de confusion que de solutions.
L'assassinat d'Alain Orsoni n'est pas qu'un fait divers corse, c'est le symbole d'une République française défaillante, incapable d'assurer la sécurité de ses citoyens et de préserver l'intégrité de ses institutions face au crime organisé.