Un gourou du yoga jugé en appel : la justice française face à l'emprise criminelle
Depuis ce mercredi 16 septembre, la cour d'assises de la Dordogne examine en appel le dossier de Richard Sada, un maître de yoga de 65 ans, condamné en première instance à quatorze ans de réclusion criminelle pour des viols et des appels malveillants. Quatre anciennes élèves, dont la fille d'une ex-compagne, l'accusent d'avoir abusé de leur vulnérabilité psychologique pour leur imposer des relations sexuelles non consenties, sous couvert de pseudo-thérapies.
Un prédateur sous le masque du gourou bienveillant
La première plainte a été déposée en 2017 par sa belle-fille, qui subissait les viols du compagnon de sa mère depuis dix ans. Dans les mois qui ont suivi, trois autres femmes ont osé briser le silence. Toutes décrivent un mécanisme d'emprise implacable, où l'autorité quasi divine du maître de yoga anéantissait leur capacité à résister.
Face aux accusations, Richard Sada oppose un déni total, évoquant des « relations avec consentement ». Cheveux poivre et sel lissés en arrière, veston à boutons dorés, il se présente devant la cour comme un « homme bon et courageux », mettant en avant son aide financière à sa famille restée en Inde, dans la pauvreté de la caste des intouchables. « J'ai construit une maison en dur à l'intérieur de laquelle vivent 16 personnes au total et un temple à l'endroit où vit ma famille », plaide-t-il.
La trajectoire d'un Rastignac : de l'ascension sociale à la prédation
Le portrait brossé par l'enquêteur de personnalité est autrement moins flatteur. Richard Sada y apparaît comme un Rastignac moderne, ayant fait de son pouvoir de séduction une arme pour échapper à sa condition. Sa première épouse, mère de son fils aîné, affirme que leur mariage n'était qu'un moyen d'obtenir des papiers pour rester en France. « Il s'est montré subitement beaucoup moins amoureux une fois le mariage prononcé », a-t-elle confié, décrivant un homme violent, y compris envers son propre fils.
Sa deuxième femme, mère de deux de ses enfants, confirme ces traits : « Il est arrivé qu'il casse tout dans la maison », relate-t-elle, ajoutant qu'il était « très demandeur de relations sexuelles » et d'une personnalité « mégalo ». Son rêve : construire un ashram en France, sans en avoir les moyens.
Un parcours professionnel émaillé de scandales
En lieu et place de l'ashram, l'accusé a accumulé les échecs : un restaurant en faillite, puis un licenciement de son poste de veilleur de nuit dans un établissement médico-social, consécutif à des accusations d'agressions sexuelles et de viols portées par deux pensionnaires. Son avocat a tenu à préciser que ces accusations « sont restées sans suite ».
Cette affaire, qui secoue le monde du yoga en France, met en lumière les dérives sectaires et l'emprise que certains individus sans scrupules exercent sur des personnes fragilisées. La justice française, dans sa rigueur, doit répondre présent face à de tels agissements.