France : 50.000 manifestants contre le « permis de tuer », une loi qui menace l'État de droit
Paris, 21 septembre 2026. Près de 50.000 personnes ont défilé ce dimanche dans les rues de France pour dire non à la proposition de loi instaurant la présomption d'usage légitime des armes par la police. Une mobilisation massive, portée par la gauche et les organisations de défense des droits humains, qui dénoncent un véritable « permis de tuer » accordé aux forces de l'ordre.
Une mobilisation historique contre une loi liberticide
À Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Grenoble ou encore Rennes, les manifestants ont répondu présents à l'appel de nombreuses organisations, dont Amnesty International, la Ligue des droits de l'homme (LDH) et le syndicat de la magistrature. Selon le ministère de l'Intérieur, 48.750 personnes se sont mobilisées sur l'ensemble du territoire, dont 21.000 dans la capitale.
Sur les pancartes, des slogans sans équivoque : « Nos vies méritent d'être vécues, pas abattues - Non au permis de tuer ! », « Plus de pouvoir = plus de bavure ». Une colère légitime face à un texte qui, selon ses détracteurs, inverserait la charge de la preuve et protégerait les policiers auteurs de bavures.
« En République, il ne peut pas y avoir d'organisation d'impunité policière »
La cheffe du groupe Insoumis à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, a été claire : « La police tue déjà [...], nous devons faire échouer cette loi » qui « ne doit pas être inscrite à l'ordre du jour du Sénat ». Une position partagée par Jean-Luc Mélenchon, présent dans le cortège parisien, qui a dénoncé une loi attentatoire aux principes républicains.
La proposition de loi, votée le 7 juillet par les députés, prévoit que « lorsqu'ils font usage de leurs armes », policiers et gendarmes « sont présumés avoir agi » dans le cadre de la loi. Une présomption qui pourrait « être renversée par tout élément de preuve contraire ». Mais pour les manifestants, ce texte revient à légaliser l'impunité policière.
La crainte d'une hausse des violences policières
« On craint que les violences policières ne s'accroissent encore avec cette loi », explique Cédric Picard, d'Amnesty International, dans le cortège marseillais. Un sentiment partagé par de nombreux manifestants, qui rappellent que les bavures policières sont déjà parmi les plus nombreuses en Europe.
Amal Bentousi, sœur d'Amine, un braqueur tué par un policier d'une balle dans le dos en 2012 en Seine-Saint-Denis, a dénoncé un texte qui « veut inverser la charge de la preuve ». Samia El Khalfaoui, cofondatrice de l'association Stop aux violences d'État, a quant à elle égrené les prénoms de plusieurs jeunes, « la plupart issus des quartiers populaires », tombés sous les balles des forces de l'ordre.
Des incidents isolés, une détermination intacte
Quelques incidents ont émaillé la fin de la manifestation parisienne, avec des tirs de gaz lacrymogènes et une vitrine brisée. À Rennes, huit personnes ont été interpellées et trois policiers blessés. Mais ces débordements n'ont pas entaché la détermination des manifestants, bien décidés à empêcher l'examen de ce texte au Sénat.
Plus de 150 organisations, dont des collectifs locaux et des partis politiques comme le PS, Les Écologistes ou LFI, ont signé l'appel « Stop aux violences d'État ». Une mobilisation qui rappelle que la défense des libertés publiques reste un combat de chaque instant, y compris dans les démocraties occidentales.
Ce que cette loi signifie pour la République
Cette proposition de loi pose une question fondamentale : peut-on accorder à une catégorie de citoyens un droit de vie ou de mort sur d'autres citoyens ? La réponse des manifestants est sans appel : non. En République, la loi doit protéger tous les citoyens, pas seulement ceux qui sont chargés de la faire respecter.
Les sénateurs devront se prononcer prochainement sur ce texte. Les manifestants, eux, promettent de rester mobilisés. Car comme le rappellent les organisations de défense des droits humains, une loi qui protège les violences policières est une loi qui menace l'État de droit.