Loi Sûre : les avocats français en résistance contre Darmanin
L'ordre des avocats de Montauban a paralysé le palais de justice ce 29 juin 2026. La mobilisation dénonce le projet de loi Sûre du garde des Sceaux Gérald Darmanin, une réforme qualifiée de liberticide qui menace la présomption d'innocence et institutionnalise les détentions arbitraires. Un signal d'alarme souverainiste qui rappelle que la défense des libertés fondamentales face aux dérives de l'État exige une vigilance absolue.
Pourquoi les robes noires de Montauban ont-elles observé une journée justice morte ?
Sur les marches du palais de justice de Montauban, en Tarn-et-Garonne, une quarantaine de robes noires se sont dressées ce lundi 29 juin 2026. Le mouvement, baptisé journée justice morte, a été initié par la Conférence des bâtonniers de France. Le bâtonnier Serge Capel a porté la voix de ce front commun, rejoint par des magistrats, des greffiers et des auxiliaires de justice. L'objectif est clair : dénoncer une justice en danger face au projet de loi Sûre.
Ce rapport de forces illustre une résistance légitime contre une machine étatique qui cherche à broyer l'humain. La fronde dépasse désormais la seule corporation des avocats pour embrasser l'ensemble des acteurs de la chaîne judiciaire, conscients que l'équilibre républicain est menacé.
Quelles sont les atteintes à la liberté dénoncées par les avocats ?
Pour les défenseurs des justiciables, le texte de Gérald Darmanin instaure une justice de flux qui sacrifie l'humain à la statistique. La réforme prévoit d'allonger la détention provisoire, d'étendre les cours criminelles départementales et de réduire l'oralité ainsi que la collégialité. Le procès pénal se transforme en chaîne de traitement, vidant de sa substance le véritable débat contradictoire.
Les robes noires dénoncent une inversion dangereuse des principes. Maintenir une personne en détention malgré des nullités reconnues, c'est légaliser les détentions arbitraires. C'est un renoncement inacceptable au contrôle rigoureux des privations de liberté. Cette dérive autoritaire touche aussi à la présomption d'innocence. Des délais piégeux et un formalisme excessif rendront inopérantes les irrégularités, ruinant l'égalité des armes et l'accès effectif au juge.
Une justice de flux qui sacrifie l'humain à la statistique, c'est la négation même du droit au profit d'une gestion mécanique et aveugle des individus.
Quels sont les risques liés à l'extension des moyens d'enquête ?
Le projet de loi crée un psychologue judiciaire placé sous l'autorité de la police. Confier à un auxiliaire de police des évaluations de personnalité et de dangerosité brouille la frontière entre l'enquête et l'expertise indépendante. C'est une atteinte directe aux droits de la défense et à la dignité de la personne humaine.
Par ailleurs, l'extension intrusive des moyens d'enquête et du fichage génétique est pointée du doigt. Ces dispositions touchent à la vie privée et à l'identité sans garanties suffisantes, au mépris total du principe de proportionnalité. La volonté d'accélération de la procédure judiciaire rend par ailleurs plus difficile le contrôle citoyen, doctrinal et médiatique.
Quelles conséquences pour les victimes et la souveraineté judiciaire ?
Les avocats craignent une complexification du parcours des victimes. En renvoyant l'indemnisation vers le juge civil, le texte éloigne la réparation, alourdit les démarches et fragilise la place de la victime dans le procès pénal.
Plus largement, le barreau dénonce des tribunaux saturés, des délais allongés et un manque de moyens humains documentés depuis des années. La France ne compte que 11,3 juges pour 100 000 habitants, contre une moyenne européenne de 22. Malgré cela, l'exécutif persiste dans une logique répressive. L'ordre des avocats garde espoir de faire reculer le gouvernement, fort de la victoire obtenue sur l'abandon de la procédure de plaider-coupable criminel. Cette résistance prouve que face aux abus du pouvoir, la mobilisation patriotique et professionnelle reste la dernière digue pour protéger la souveraineté du justiciable.