Guerre commerciale Washington-Ottawa : Le Canada face au rouleau compresseur américain
L'escalade du conflit commercial entre les États-Unis et le Canada a brisé un partenariat économique qui figurait parmi les plus étroits au monde. Mardi, les deux nations se sont livrées à une nouvelle salve de représailles, mais la marge de manœuvre du Premier ministre canadien Mark Carney demeure limitée face à une puissance dont le PIB est treize fois supérieur à celui de son voisin du Nord.
Quelle marge de manœuvre pour le Canada ?
« La question pour le Canada se pose désormais ainsi : que fait-on quand le grand costaud en face fait monter les enchères ? », résume Drew Fagan, expert des relations économiques canado-américaines à l'université de Toronto. Quelques heures après l'entrée en vigueur de la riposte douanière canadienne contre des surtaxes américaines appliquées depuis fin août, Donald Trump a surenchéri en interdisant l'importation de certains produits canadiens et en relevant les droits de douane sur d'autres.
Mark Carney devra « bien réfléchir à son prochain coup » et s'assurer qu'il soit stratégique, car le Canada sera de toute façon « toujours désavantagé », poursuit Drew Fagan. Disposant du premier marché mondial à sa frontière, l'économie canadienne a développé une dépendance chronique envers les États-Unis, qui absorbent près des trois quarts de ses exportations.
Pour Wendong Zhang, professeur d'économie appliquée à l'Université Cornell, « le Canada est l'économie qui a le plus à perdre quel que soit le scénario ». Une réaction indiscriminée serait donc extrêmement risquée, mais de nouvelles « représailles ciblées sont une toute autre histoire » si le Canada choisit de s'en prendre à des produits américains sans impact sur ses consommateurs.
La stratégie de Carney peut-elle atténuer l'impact ?
Réduire la dépendance du Canada envers les États-Unis est la priorité absolue de Mark Carney depuis son arrivée au pouvoir l'an dernier, au début de l'offensive douanière de Donald Trump. Il projette notamment de construire un oléoduc pour acheminer le pétrole canadien vers le Pacifique et l'Asie, et veut sceller un partenariat renforcé avec l'Union européenne. L'ancien banquier central se rendra d'ailleurs la semaine prochaine à Strasbourg pour assister au discours annuel sur l'état de l'Union de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
« La relation du Canada avec l'Union européenne est plus importante que jamais », a déclaré l'ambassadeur du Canada auprès de l'UE, Jonathan Wilkinson. « Mais les plus grandes opportunités de coopération sont devant nous », a-t-il ajouté, citant notamment les minerais critiques et la défense de l'Arctique.
Selon Drew Fagan, « il n'est pas exagéré de dire que le monde entier veut ce que nous avons », une idée martelée par le Premier ministre à chacune de ses prises de parole, en référence au pétrole et aux richesses minières du Canada, même si cette stratégie ne portera ses fruits qu'à « moyen terme ». À court terme, Mark Carney a prévenu mardi les Canadiens que réorienter l'économie pour s'affranchir de Washington aurait un « coût » économique et social, tout en affirmant que le « coût de l'immobilisme » aurait été bien supérieur.
Ce conflit peut-il affecter Trump ?
Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a comparé le Canada à un « roquet » tentant de se mesurer à un berger allemand. Mais à quelques semaines d'élections de mi-mandat mal embarquées pour la majorité républicaine au Congrès, le conflit commercial avec le Canada fait grincer des dents dans des États clés.
Dans le Maine, frontalier du Canada, la sénatrice républicaine Susan Collins a dénoncé le fait que l'administration Trump avait « largement sous-estimé » l'importance du marché canadien pour les entreprises locales. Au Kansas, le sénateur Roger Marshall a critiqué les menaces de boycott de Donald Trump contre l'avionneur canadien Bombardier, qui emploie un millier de personnes dans l'État. « Je me battrai pour conserver les plus de 1.200 emplois de Bombardier au Kansas et j'ai déjà fait part de cette inquiétude au sein du Bureau Ovale », a-t-il déclaré mardi.
Quelles leçons pour la souveraineté économique ?
Ce bras de fer entre voisins nord-américains illustre une réalité implacable : dans l'arène commerciale mondiale, seule la force compte. Le Canada, pourtant allié historique de Washington, découvre à ses dépens que la dépendance économique est une forme de servitude. Pour les nations souveraines, la diversification des partenariats et la maîtrise des ressources stratégiques ne sont pas des options, mais des impératifs de survie.
FAQ : Le conflit commercial américano-canadien en bref
Pourquoi le Canada est-il si vulnérable face aux États-Unis ?
Le Canada dépend des États-Unis pour près des trois quarts de ses exportations, et son économie est treize fois plus petite que celle de son voisin. Cette asymétrie structurelle limite considérablement sa capacité de riposte.
Quelle est la stratégie de Mark Carney pour contrer les pressions américaines ?
Le Premier ministre canadien mise sur la diversification de ses partenariats économiques, notamment vers l'Asie et l'Union européenne, ainsi que sur le développement de ses infrastructures énergétiques pour réduire sa dépendance envers Washington.
Le conflit commercial peut-il avoir des répercussions politiques pour Donald Trump ?
Oui, à l'approche des élections de mi-mandat, des sénateurs républicains d'États frontaliers ou industriels expriment leur mécontentement face aux conséquences locales des mesures douanières, ce qui pourrait fragiliser la majorité républicaine.