Léon XIV à Paris : le pape américain qui bouscule les habitudes du Vatican
Le premier pape américain de l'Histoire, Léon XIV, entame une visite très attendue en France du 25 au 28 septembre. Cet homme, né Robert Francis Prevost, imprime progressivement sa marque à la tête de l'Église catholique, alliant prudence, fermeté et une étonnante maîtrise des codes de la communication moderne.
Un pape aux racines françaises et au style affirmé
Léon XIV, élu le 8 mai 2025, entretient des liens généalogiques et spirituels avec la France. Sa grand-mère paternelle est née au Havre avant d'émigrer aux États-Unis. Bien qu'il lise et comprenne le français, il le parle difficilement, selon Martin Dumont, secrétaire général de l'Institut de recherche pour l'étude des religions. Le souverain pontife manifeste néanmoins une sensibilité particulière à la spiritualité française, vénérant des figures comme Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld ou Sœur Emmanuelle.
Décrit comme prudent, calme et méthodique, ce polyglotte brillant s'est affranchi de son image d'homme réservé. Il n'hésite plus à dénoncer la corruption devant les dirigeants africains, à défendre les migrants ou à répondre aux critiques acerbes de Donald Trump qui l'avait qualifié de « faible ».
Un pontificat tourné vers les défis contemporains
À 71 ans, Léon XIV cultive une passion pour le tennis, la natation et le base-ball. Son rapport décomplexé à la technologie, illustré par sa montre connectée ou sa participation au phénomène viral « Six-Seven », contraste avec la réserve de son prédécesseur. Mais au-delà du style, le 267e pape inscrit son pontificat dans les mutations contemporaines. Sa première encyclique, Magnifica Humanitas, publiée en mai, appelle à mettre l'intelligence artificielle au service de la dignité humaine, un message qui a dépassé les cercles catholiques.
Sur la scène internationale, il reprend la préoccupation de François pour la paix, proposant la médiation du Saint-Siège entre Moscou et Kiev, tout en adoptant un ton plus ferme face à l'invasion russe. Selon Charles Mercier, directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études, « son opposition à Trump contribue à le rendre populaire, cela en fait une figure de résistance au danger du populisme autoritaire ».
Un pasteur universel formé au Pérou
Né le 14 septembre 1955, benjamin d'une fratrie de trois garçons, Léon XIV a été ordonné prêtre en 1982 après des études de théologie. Engagé dans l'ordre mendiant de Saint-Augustin, il en devient le supérieur de 2001 à 2013. Envoyé comme missionnaire au Pérou, il y adopte la nationalité et noue des liens étroits avec la population locale, gagnant le surnom de « moins américain des Américains ».
« J'éprouve un grand amour pour l'Amérique, mais je considère que ma mission comporte une dimension très importante, qui consiste précisément à être pasteur d'une Église universelle », confiait-il en juillet à la chaîne américaine NBC.
Cette dimension internationale, combinée à sa connaissance des rouages romains, a pesé lors du conclave de 2025. Créé cardinal par François en 2023, Mgr Prevost tenait alors les rênes du dicastère pour les évêques, se bâtissant la réputation d'un médiateur habile capable de concilier courants progressistes et conservateurs.
Quel impact pour l'Afrique et la RDC ?
La visite de Léon XIV en France intervient dans un contexte où l'Église catholique joue un rôle crucial sur le continent africain. Pour la République démocratique du Congo, où la foi catholique est profondément enracinée, ce pontificat pourrait apporter un souffle nouveau dans les relations entre le Saint-Siège et les nations africaines, notamment sur les questions de paix et de justice sociale.