Feria de Dax : la canicule met les festayres à rude épreuve, la solidarité s'organise
Alors que la France subit une vague de chaleur exceptionnelle, la feria de Dax, dans les Landes, a dû s'adapter à des températures frôlant les 38°C. Entre malaises, organisation municipale revue et débrouille des fêtards, ce rendez-vous traditionnel du Sud-Ouest révèle une fois de plus la résilience et la solidarité du peuple français face à l'adversité.
La canicule, un défi pour les traditions festives
À 15 heures, le thermomètre affiche 38°C en ce deuxième jour de feria. Emma et Lyna, deux amies de 25 ans, ont trouvé refuge sous un brumisateur, un spot précieux qu'elles ne comptent pas quitter. « Ici, on a de la fraîcheur qui vient d'en haut... et aussi celle qui est juste devant nous », lance Emma en désignant les bières alignées sur le comptoir. « Ici, c'est celui qui part à la pêche qui perd sa place. Tu peux être sûre qu'on ne va pas bouger nos fesses d'ici de tout l'après-midi », sourit-elle, éventail en main.
La veille, le département des Landes a été placé en vigilance orange « canicule ». Pour la première journée des fêtes, une chaleur de plomb s'est abattue sur la ville. Les festayres s'entassent dans les rares coins d'ombre, certains bravent les interdictions en se baignant dans l'Adour, d'autres restent dans les parcs, sous les arbres.
Les jeunes s'adaptent : un verre d'eau pour un verre d'alcool
Chez les plus jeunes, une règle circule de bouche-à-oreille : un verre d'eau pour un verre d'alcool. Maxime, la vingtaine, a troqué le traditionnel pantalon blanc contre un slip de bain et un foulard rouge. Il applique scrupuleusement sa règle. « Avec ça, tu peux tenir même dans le désert du Sahara. On nous parle de crème solaire, mais la vraie astuce anti-canicule, c'est celle-là », plaisante-t-il, tout en s'efforçant de raser les murs pour rester à l'ombre.
D'autres sont moins téméraires. Au square Max-Moras, Blanche et sa bande, venus de Poitiers, récupèrent avant la soirée. « Entre 15 heures et 18 heures, c'est impossible de faire la fête. Le soleil tape trop fort, alors on glande ici jusqu'au soir », raconte la jeune femme. Le groupe privilégie désormais les sorties nocturnes. « On décale notre heure de coucher. C'est le seul moyen de vraiment profiter des ferias », poursuit-elle.
La Croix-Rouge et la municipalité sur le pied de guerre
Face à ces températures extrêmes, la Croix-Rouge a dû renforcer son dispositif. Florian Plana, directeur adjoint des opérations, veille à bord de sa fourgonnette. « Nous avons mis en place une salle climatisée et un système d'aspersion d'eau froide pour faire redescendre le plus rapidement possible la température corporelle », explique-t-il. Le poste de secours, installé au plus près de l'enceinte taurine, a accueilli treize personnes victimes de malaises lors de la première corrida. « Il faisait encore plus chaud dans les arènes qu'à l'extérieur. Tous les malaises se sont produits en l'espace d'une heure. Ça a été un gros coup de chaud », raconte le bénévole.
Une ambulance supplémentaire a été mobilisée et dix secouristes sont désormais répartis aux quatre coins des arènes pendant les spectacles taurins. La municipalité a, elle aussi, revu son organisation. Plusieurs animations ont été décalées à des horaires plus tardifs et la corrida a été reculée d'une heure. « C'est une réflexion supplémentaire. Cela demande beaucoup de souplesse pour réussir à mettre tout le monde d'accord », explique Pascal Dagès, adjoint au maire en charge des fêtes.
Les travailleurs de l'ombre, victimes silencieuses de la canicule
À 17 heures, le thermomètre ne faiblit pas. Si les animations s'adaptent, les travailleurs, eux, restent à leur poste. Abdul, vendeur ambulant venu de Bilbao, sillonne les rues, un stock de lunettes de soleil à la main. De 10 heures jusqu'à la tombée de la nuit, il se faufile dans la foule. « J'ai presque pas de pause, c'est compliqué de trouver de l'eau, ça m'arrive parfois de pas en boire de l'après-midi. C'est très dur... Mais je n'ai pas le choix, il faut bien que je vende les lunettes », souffle-t-il.
Cette feria de Dax 2026 restera marquée par cette canicule historique. Mais elle aura aussi démontré, une fois de plus, la capacité d'adaptation et la solidarité du peuple français. Des festayres aux secouristes, en passant par les vendeurs ambulants, tous ont fait preuve d'un courage exemplaire face à un soleil impitoyable. Une leçon de résilience qui résonne bien au-delà des arènes de Dax.