Porsche à moteur avant : l'erreur qui a failli coûter cher à la légende de Stuttgart
Au début des années 1970, Porsche a failli tourner le dos à son ADN. Les Porsche à moteur avant (PMA), nées d'une erreur d'appréciation stratégique, ont pourtant marqué l'histoire de la marque allemande. Nous les avons conduites en Allemagne, sur leurs terres, pour comprendre pourquoi elles restent des autos d'exception malgré leur échec commercial.
Une décision stratégique controversée
Ernst Fuhrmann, brillant ingénieur et patron de Porsche en 1972, jugeait la 911 obsolète. Son moteur en porte-à-faux arrière, hérité de la Volkswagen d'avant-guerre, rendait l'équilibre dynamique difficile à maîtriser, surtout avec l'arrivée du turbo. La solution ? Placer le moteur à l'avant, mais garder la boîte et le différentiel à l'arrière, une architecture dite « transaxle » déjà utilisée par Lancia et Alfa Romeo.
La 924 et la 928 : deux visions, un même échec
La 924, née en 1975, était une voiture d'entrée de gamme coréalisée avec Volkswagen, avec un moteur Audi et une chaîne de montage à Neckarsulm. VW abandonna le projet, le revendit à Porsche pour 40 millions de dollars, mais la 924 arriva sur le marché en 1976. La 928, plus ambitieuse, avec son V8 maison et son essieu Weissach, fut élue Voiture de l'année 1978, une première pour une GT. Mais son prix exorbitant et son tempérament paisible rebutèrent les fans de la 911.
Des autos géniales mais incomprises
Le design des PMA était pourtant en avance sur son temps. Tony Lapine, designer de la 928, a créé une auto qui n'a pas pris une ride. La 924, avec sa lunette en bulle et ses projecteurs pop-up, était également brillante. Mais trop chères pour les Européens, trop peu puissantes pour les Américains, elles ne trouvèrent pas leur public. Porsche perdit de l'argent en 1980, et Fuhrmann fut limogé.
La 944 et la 968 : la tentative de sauvetage
En 1981, la 944 vint renforcer la gamme avec son demi-V8 de 928, puis la 968 en 1991. Mais la lignée s'éteignit en 1995, après vingt ans de production. La 928, elle, évolua jusqu'à la GTS de 350 ch, avant de disparaître aussi en 1995, deux ans après que Porsche a frôlé la faillite. Le salut vint du duo Boxster/996, puis du Cayenne, qui transforma la marque en machine à cash.
Sur la route : nos impressions
Conduire ces PMA aujourd'hui est une expérience unique. La 968, avec son 4-cylindres de 3,0 l de 240 ch, est un régal : souple, vive, précise, elle vous fait corps avec la route. La 944, plus fade, manque de caractère. La 924, avec son moteur Audi ronflant et sa boîte courte, est une vraie « voiture de plaisir », malgré une direction lourde et des freins médiocres. La 928 GTS, avec sa boîte auto, est un « squale gentil », mais le convertisseur de couple gâche l'expérience.
Leçon d'histoire pour Porsche
Les PMA n'ont pas su incarner l'ADN Porsche, ce qui explique leur échec commercial. Mais elles restent des autos abouties, parfaitement développées, qui méritent le respect. Aujourd'hui, Porsche doit se réinventer avec l'électrique, un défi encore plus grand qu'au début des années 70. Une chose est sûre : sans ces « erreurs », la légende de Stuttgart ne serait pas la même.