L'Institut One Health pour l'Afrique (INOHA), institution de recherche et de formation rattachée à l'Université de Kinshasa, a signé, le samedi 24 octobre 2026, des protocoles d'accord avec deux programmes du ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale : le Programme de santé mentale et le Programme national d'élimination de la dracunculose.
La signature est intervenue en clôture de la 12e édition des Grands Témoins, une semaine scientifique ouverte le mercredi 21 octobre et consacrée à la présentation des travaux des apprenants du master en Écologie des maladies infectieuses, aléas naturels et gestion des risques (ECOM-ALGER) et du master en Écologie et gouvernance des maladies infectieuses (ECOGM), selon 7sur7.
Une recherche congolaise tournée vers les besoins réels du terrain
Pour le professeur Didier Bompangue, directeur adjoint de l'INOHA, cette édition marque un tournant dans l'histoire de l'institution, qui entre dans sa deuxième décennie d'activité et entend se réinventer en fonction des besoins du terrain.
« C'est une nouvelle étape. Nous entrons dans la deuxième décennie de fonctionnement de cette institution de recherche et de formation. Il était temps de se réinventer en fonction des besoins du terrain, en tirant les enseignements des dix dernières années. Désormais, dans les axes de réorientation de nos approches de formation, il s'agit de bâtir une pédagogie fondée sur les besoins réels du terrain, à travers des partenariats formalisés avec les ministères opérationnels, les divisions, les programmes et les directions », a expliqué le professeur Bompangue.
Les sujets de recherche seront désormais définis en collaboration avec les institutions publiques, afin que les résultats servent directement les structures opérationnelles. Le directeur adjoint a été net : il ne s'agira plus de produire des diplômes coupés des réalités du pays.
« L'objectif est d'identifier avec eux les problèmes en amont ; dorénavant, tous les projets de recherche et les travaux des étudiants porteront sur des sujets validés par les ministères et leurs directions, afin que les résultats trouvent directement leur place dans les structures opérationnelles concernées. Il ne sera donc plus question de produire des diplômes qui ne sont que de la phraséologie, mais bien des réponses concrètes aux problèmes », a-t-il souligné.
Les 37 apprenants réunis durant quatre jours, dont 25 inscrits en ECOM-ALGER et 12 en ECOGM, se trouvent encore à l'étape de structuration de leurs protocoles. Ils effectueront ensuite des stages de trois mois avant les défenses finales, seules habilitées à valider les travaux.
« La validation se fera lors des défenses finales. Pour l'instant, nous sommes dans une étape de structuration des protocoles ; les étudiants présentent leurs projets, les anciens leur donnent des orientations, puis ils partent en stage avec des directives précises. Les stages dureront trois mois, et c'est à l'issue de cette période que l'on saura combien de sujets auront été jugés acceptables et prêts à être publiés », a précisé le professeur Bompangue.
Trypanosomiase, dracunculose : l'État congolais renforce sa riposte sanitaire
Le docteur Martin Chico Wantetila Kinkela, directeur du Programme national d'éradication de la trypanosomiase au ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, a détaillé les trois axes du mémorandum d'entente signé : la surveillance active de la maladie, la production de documentation scientifique destinée à l'Organisation mondiale de la santé et la formation des générations futures.
« Le Programme national d'éradication de la trypanosomiase a été créé en 2002 pour coordonner les activités visant à certifier l'éradication de cette maladie en République démocratique du Congo. Le mémorandum d'entente que nous venons de signer repose sur trois principaux axes. Le premier consiste à maintenir une surveillance active. Le deuxième vise à produire une documentation scientifique susceptible d'être soumise à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le troisième porte sur la formation des générations futures », a-t-il indiqué.
L'approche « One Health », ou « Une seule santé », prend en compte les interactions entre la santé humaine, la santé animale et l'environnement. Selon le Centre américain de contrôle des maladies (CDC), cette approche par collaboration entre disciplines et secteurs peut bénéficier à de nombreux champs de la santé, y compris la santé mentale et les maladies non transmissibles.
Le docteur Kinkela a rappelé que son programme mène ce travail de terrain depuis plus de 15 ans et que l'expertise scientifique de l'INOHA viendra renforcer la surveillance.
« Sur le terrain, nous menons déjà ce travail depuis plus de 15 ans. L'INOHA apportera son expertise scientifique afin de renforcer la surveillance et de mettre en corrélation nos différentes actions. L'objectif est de produire des résultats importants pour maintenir le pays exempt de transmission de la maladie. Pour nous, il n'y aura pas de cibles particulières, car cette maladie concerne les trois dimensions : l'environnement, la santé humaine et la santé animale. Nous allons donc intégrer tous ces aspects dans une approche intersectorielle et pluridisciplinaire afin de mener des actions efficaces sur le terrain », a-t-il précisé.
Rapprocher l'université et le ministère pour des politiques publiques solides
Le docteur Delphin Antwisi, spécialiste de l'approche « One Health » au sein de l'Unité de gestion du Programme de développement du système de santé (UG-PDSS), a insisté sur la nécessité de réduire l'écart entre le monde scientifique et le secteur opérationnel.
« L'objectif de ce mémorandum est de réduire l'écart qui existe entre le monde scientifique et le secteur opérationnel, notamment les ministères. Il vise à renforcer les liens de collaboration entre ces deux secteurs. En effet, les universités produisent des données probantes, disposent de méthodes et développent des outils scientifiques. De leur côté, les ministères sont chargés d'élaborer et de mettre en œuvre les politiques publiques. Ils ont donc besoin de maintenir une collaboration étroite avec les institutions scientifiques afin de s'appuyer sur les données produites par les chercheurs pour orienter leurs décisions », a-t-il expliqué.
Le docteur Antwisi a salué la pertinence des projets présentés par les apprenants, tous ancrés dans les réalités du terrain congolais : gestion des épidémies, détection rapide, santé mentale, santé environnementale et résilience des systèmes de santé face aux situations d'urgence. Les populations sont, selon lui, les premières bénéficiaires de cette collaboration, les données produites devant nourrir des politiques publiques mieux adaptées aux besoins du système de santé.
Cette alliance entre l'Université de Kinshasa et les programmes publics de santé intervient alors que le pays affronte des défis sanitaires majeurs, des épidémies récurrentes dans l'est aux maladies tropicales négligées. Elle envoie un signal clair : la République démocratique du Congo compte sur ses propres chercheurs pour répondre à ses propres problèmes. La 12e édition des Grands Témoins s'est achevée sur cette volonté de rapprocher durablement la recherche universitaire des réalités opérationnelles du secteur de la santé.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'INOHA ?
L'Institut One Health pour l'Afrique est une institution de recherche et de formation rattachée à l'Université de Kinshasa, active depuis plus de dix ans dans la formation aux maladies infectieuses et à la gestion des risques.
Quels accords ont été signés le 24 octobre 2026 ?
L'INOHA a signé des protocoles d'accord avec le Programme de santé mentale et le Programme national d'élimination de la dracunculose, ainsi qu'un mémorandum d'entente avec le Programme national d'éradication de la trypanosomiase, tous relevant du ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale.
Que signifie l'approche « One Health » ?
Elle considère ensemble la santé humaine, la santé animale et l'environnement, afin de coordonner la surveillance et la riposte contre les maladies à l'échelle intersectorielle.
