Venezuela : chaos après le séisme, faim et épidémies
Une semaine après le pire séisme depuis plus d'un siècle au Venezuela, le bilan s'alourdit avec près de 2.000 morts et des dizaines de milliers de disparus. Dans l'État de La Guaira, les survivants affrontent des pénuries alimentaires généralisées et la menace d'épidémies, tandis que l'aide internationale peine à se déployer face aux restrictions imposées par le gouvernement vénézuélien.
Séisme au Venezuela : un bilan humain et matériel désastreux
Le séisme a frappé le Venezuela avec une violence inouïe, laissant derrière lui un pays meurtri. Les secouristes ont extrait 6.461 personnes des décombres, mais 10.500 blessés affluent dans des structures sanitaires débordées. Sur la base d'images satellitaires, la Nasa estime que 58.870 bâtiments ont été endommagés ou détruits. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a confirmé que 38 hôpitaux ont subi des dommages, dont trois se trouvent dans un état critique. Chaque heure qui passe réduit les espoirs de retrouver des vivants, bien qu'un enfant de trois ans ait été sauvé miraculeusement mardi par les secouristes jordaniens.
Pourquoi l'aide humanitaire peine-t-elle à atteindre les sinistrés ?
Dans un pays déjà soumis à des restrictions sévères de l'information, le gouvernement a restreint l'accès à l'État de La Guaira, la zone la plus touchée. Les bénévoles doivent désormais obtenir un laissez-passer, retardant l'arrivée des secours vitaux. Luis Arteaga Benatuil, membre du groupe espagnol de recherche et de sauvetage USAR 13, a déclaré à l'AFP qu'il avait été extrêmement difficile d'atteindre le territoire vénézuélien. Les équipes arrivent tard, très tard, mais leur objectif demeure de sauver des vies.
Sur le terrain, la colère gronde face à la gestion locale de la crise. Yohana Alvarez, une vendeuse déplacée, a témoigné sur l'indignité de la distribution de l'aide. Au début, tout se passait bien, mais ensuite la mauvaise organisation a commencé. Les soldats eux-mêmes se servaient en premier, et les civils se retrouvaient avec les restes. Sur TikTok, Tibisay Méndez s'est indignée en constatant que les policiers et fonctionnaires se contentent de prendre des photos, tandis que ce sont les gens venus de l'extérieur qui portent secours.
Quelles sont les menaces sanitaires et alimentaires actuelles ?
Le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) a tiré la sonnette d'alarme. Dans l'État de La Guaira, les pénuries alimentaires sont généralisées, les services de base se sont effondrés et les communications sont en grande partie coupées. Les tensions au sein de la population s'accroissent, alors que l'accès à l'aide demeure limité. Daniela Armas, une vendeuse de 18 ans blessée, a décrit une situation apocalyptique. L'aide est distribuée, mais parfois les gens s'entretuent pour de la nourriture. Tout le monde se bat, comme dans un combat de coqs.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé un appel à 50 millions de dollars pour nourrir 500.000 personnes pendant trois mois. Stephanie Hochstetter, responsable de l'agence onusiennes dans le pays, craint que de nombreuses familles, qui luttaient déjà pour se procurer des aliments de base, ne sombrent encore plus dans la précarité. L'OMS redoute des flambées de maladies évitables par la vaccination comme la rougeole, la diphtérie et la coqueluche, en raison de la perturbation des réseaux d'eau et d'assainissement. Le HCR évalue ses propres besoins à 15 millions de dollars pour abriter temporairement 30.000 personnes.
La résilience des populations face à l'effondrement des services
Face à l'inaction des autorités, les survivants font preuve d'une résilience admirable. Pablo Alfonzo, un homme de 64 ans réfugié sous une tente de fortune, exige que le gouvernement agisse. Plus de 80% de l'État de La Guaira est en état de crise, et les autorités devraient au moins se concentrer sur les services de base comme l'électricité, l'eau potable et le nettoyage. D'autres, comme Celix Ruiz à Ciudad Piar, dorment sur le parking d'une pharmacie par peur des refuges.
Malgré la douleur, l'union et la solidarité prévalent. Diorjailis Escalona, une médecin de 23 ans devenue volontaire, poursuit sa mission. Sur le plan émotionnel, elle est démolie de voir tant de vies perdues, mais elle essaie d'aider. Wilker Molalla, qui attend pour identifier les corps de ses proches, a résumé l'horreur de la situation. Il y avait onze personnes chez lui, seuls deux ont survécu parce qu'ils étaient au travail.
À l'international, les États-Unis ont doublé leur aide bilatérale après la tragédie, portant le montant à 300 millions de dollars dirigés vers les ONG et agences onusiennes. Cette contribution occidentale se révèle indispensable face à l'ampleur de la catastrophe et aux carences locales.