Arnaque bancaire : le récit glaçant d'une Gardoise dépouillée de 3 000 euros
Les escroqueries par manipulation connaissent une progression alarmante. Selon le dernier rapport de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), publié mercredi 9 septembre, ces fraudes ont représenté 516 millions d'euros de préjudices en 2025. Dans le Gard, Aurore, 55 ans, a perdu 3 000 euros en quelques heures. Récit d'un piège redoutable.
Elle est encore sous le choc. Comme abasourdie. Et surtout, elle s'en veut terriblement de n'avoir rien vu venir. Pas seulement parce qu'elle a perdu plusieurs milliers d'euros : elle ne comprend pas comment elle a pu se laisser embarquer dans une situation pareille.
Un piège qui se referme sur une vente anodine
Tout commence lundi. Le fils d'Aurore, 18 ans, met en vente quelques figurines sur Leboncoin. Une transaction d'une quinzaine d'euros. En apparence anodine. Un acheteur se montre intéressé et propose de régler immédiatement via Wero, un service que le jeune homme utilise sur son application bancaire. Mais l'opération, affirme son interlocuteur, ne fonctionne pas. Quelqu'un va le rappeler pour régler le problème.
Le lendemain, nouvel appel. Cette fois, un autre homme est au bout du fil. Et le ton monte très vite. « Ça ne passe pas, ça ne marche pas. Mettez-moi vos coordonnées bancaires », insiste l'homme auprès du fils d'Aurore. Jusqu'à devenir franchement agressif : « Mais vous êtes con ou quoi ? »
Le compte du jeune homme est quasiment vide. L'escroc insiste, réclame des coordonnées, lui fait saisir plusieurs codes. « Je voyais mon fils commencer à blanchir », raconte Aurore. Puis l'homme demande à parler à sa mère, qui a laissé son contact sur Leboncoin. « Passez-moi votre maman. »
Une mécanique de manipulation implacable
Aurore prend le téléphone de son fils. « Une quantité phénoménale de pages » s'ouvrent. Les instructions s'enchaînent. « Vous allez recevoir un code, il faut le saisir. » Tout va très vite. Trop vite. « On s'est fait embarquer. À aucun moment, je n'ai eu le temps, la distance pour me dire : là, ce n'est pas bon. »
L'homme demande alors à la quinquagénaire de consulter son propre compte bancaire. Aurore se connecte. Une somme de 1 600 euros apparaît. L'escroc a immédiatement une explication. Limpide en apparence.
« À cause de vous, on a fait une erreur parce que vous n'avez pas fait comme il faut. On a versé une somme de 1 600 euros sur votre compte. » Aurore voit bien l'argent. Elle pense donc devoir le rendre, ne se doute de rien. « Je lui demande comment je peux lui rétrocéder » la somme.
Trois heures de frénésie sous pression
La réponse : acheter six recharges PCS de 250 euros. Aurore prend sa voiture. Direction le premier bureau de tabac, à environ 3 kilomètres de chez elle. Une recharge PCS, c'est un ticket comportant un code unique qui permet de créditer un compte ou une carte prépayée. Aurore achète les recharges demandées puis communique les codes à l'inconnu, toujours au bout du fil.
« On lui donnait les numéros, au fur et à mesure. Et si on se trompait dans les chiffres, on se faisait pourrir. »
L'homme ne les lâche plus. Pendant près de trois heures, il donne les ordres, presse Aurore et son fils, élève la voix. Surtout, il leur répète qu'ils sont responsables de la situation. Qu'ils font n'importe quoi. « Il nous disait que c'était de notre faute. Qu'il fallait rembourser, absolument. »
D'autres sommes apparaissent sur le compte de la Gardoise. La mécanique recommence : acheter des recharges, transmettre les codes, repartir. « On faisait les allers-retours entre les bureaux de tabac du secteur. Dans une espèce de frénésie. » Bilan : douze recharges de 250 euros achetées. 3 000 euros.
Des buralistes vigilants mettent fin au cauchemar
Ce sont finalement les buralistes qui vont enrayer la machine. Le premier s'étonne déjà de ces achats à répétition. « Il m'a regardée et il m'a dit : vous n'avez pas un problème ? Parce que ça, ce n'est pas normal. » Aurore ne réagit pas. « Non, non, ça va, ça va. »
Dans la foulée, sa propre carte bancaire ne fonctionne plus. Plafond dépassé. Elle envoie son fils acheter de nouvelles recharges avec la sienne. Cette fois, le commerçant refuse catégoriquement. « Il lui dit : mais là, vous êtes en train de vous faire avoir. Il faut appeler la police tout de suite. Je ne vous vends plus rien. »
Dans la voiture, le niveau de stress est devenu énorme. Son fils finit par craquer. « Vous êtes en train de nous voler, ça suffit, ça suffit, allez vous faire voir ! » Il raccroche. L'escroc tente encore de rappeler à trois reprises. Ils ne répondent plus. Il est un peu plus de 20 heures. « Si les bureaux de tabac avaient été ouverts et s'ils avaient accepté de vendre, on y serait encore », estime aujourd'hui Aurore.
La vérité éclate : l'argent venait de ses propres comptes
De retour chez elle, elle rallume son ordinateur et consulte tranquillement ses comptes. C'est là qu'elle comprend.
Les sommes qui apparaissaient sur son compte courant et que l'escroc prétendait avoir versées par erreur ne venaient pas de lui. Elles avaient été virées depuis les propres comptes d'épargne d'Aurore. L'argent qu'elle croyait rendre à son interlocuteur était donc le sien. Une mécanique redoutable : déplacer l'argent entre les comptes de la victime, puis lui faire croire qu'elle doit le « rembourser ».
Aurore ne dort quasiment pas de la nuit. « Des angoisses, les épaules tendues, un truc de dingue. » Le lendemain matin, elle se rend avec son fils à la gendarmerie et porte plainte. Elle remet aux enquêteurs les douze tickets PCS. Une tentative est également faite pour faire bloquer les recharges. Les cartes bancaires sont mises en opposition.
Une leçon pour tous : personne n'est à l'abri
Les gendarmes lui expliquent que ce type d'escroquerie est loin d'être exceptionnel. Pas de quoi la rasséréner. Car depuis, une question tourne en boucle : comment a-t-elle pu aller jusqu'à prendre sa voiture, parcourir plusieurs bureaux de tabac, acheter douze recharges et transmettre les codes sans s'arrêter ?
« Quand le bonhomme m'a dit six recharges PCS à 250 euros, il n'y a aucun signal d'alarme intérieur qui est venu me dire : attention. » Elle n'était pas particulièrement fatiguée. Elle rentrait du travail. Elle avait simplement vu son fils en difficulté et voulait l'aider. Puis il y a eu l'urgence. Les cris. Les ordres. La culpabilisation permanente.
Les 3 000 euros représentent une somme importante. « C'est un salaire », résume Aurore. De l'argent puisé dans une épargne destinée à faire face aux dépenses imprévues. Mais elle insiste : ce n'est pas le pire. « L'argent, ce n'est rien. C'est de s'en vouloir. Je n'ai plus confiance en rien. Je vais mettre du temps à me remettre de ça. » Et une question particulièrement douloureuse : « Est-ce qu'il suffit qu'on crie un peu pour que j'obéisse ? »
Aurore a 55 ans. Elle se décrit comme quelqu'un de très méfiant, notamment vis-à-vis d'internet. Pourtant, pendant près de trois heures, elle n'a pas réussi à sortir du scénario imposé par son interlocuteur.
« Il n'y a pas de population qui est exempte de ce type de fraude, assure Julien Lasalle, secrétaire de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, cité par l'AFP. Tout le monde, les jeunes, les personnes âgées, les catégories socioprofessionnelles supérieures... tout le monde peut y être confronté. »
Cette affaire, qui s'est déroulée en France, doit servir de leçon. La vigilance est l'arme la plus efficace contre ces prédateurs modernes qui exploitent la détresse et la confiance. En République Démocratique du Congo, où la population est confrontée à d'autres formes de vulnérabilités, cette histoire rappelle l'importance de protéger ses avoirs et de rester méfiant face à toute demande insistante de coordonnées bancaires.