Venezuela : le Tachira accuse Caracas de lui voler son électricité, une injustice qui révolte la province
Dans l'ouest du Venezuela, l'État du Tachira est en proie à une colère légitime. Ses habitants, épuisés par des coupures de courant quotidiennes, dénoncent un détournement de leur propre production électrique au profit de la capitale, Caracas. Une situation intolérable qui illustre une fois de plus les dérives d'un pouvoir central sourd aux besoins des régions.
Une production locale détournée au profit de la capitale
L'ancien député régional Heriberto Labrador a révélé que la centrale thermique du Tachira produit quelque 70 mégawatts, une capacité largement suffisante pour couvrir la demande intérieure de la région. Or, une grande partie de cette production est absorbée par le Système interconnecté national, laissant les foyers du Tachira dans l'obscurité pendant parfois plus de 26 heures d'affilée.
« S'il y a un surplus, qu'on leur donne, mais ce qui manque ici, c'est un gouvernement qui veuille le meilleur pour l'État de Tachira », a déclaré Labrador, fustigeant un pouvoir qui sacrifie la province pour maintenir la capitale sous perfusion.
La colère gronde dans les rues du Tachira
Cette injustice a poussé les habitants à bloquer de nuit la route reliant le Tachira à l'État voisin de Barinas, avec des protestations à coups de casseroles et de klaxons. Irma Villasmil, sous-directrice d'une banque à San Cristobal, ne cache pas son exaspération : « C'est incroyable. On se moque de nous, les habitants du Tachira, qui souffrons de ça depuis des années. Nous avons toujours des rationnements juste parce que Caracas ne peut pas se retrouver sans électricité. »
Son réfrigérateur est tombé en panne à deux reprises, victime des surtensions lors du retour du courant. « Ça suffit, ce n'est pas parce qu'ils sont la capitale que la province doit payer les pots cassés. Quelle injustice ! », s'insurge-t-elle.
Un gouvernement aux abonnés absents
Le gouverneur pro-pouvoir Freddy Bernal, en poste depuis près de cinq ans, a soigneusement évité de répondre aux questions de la presse locale sur ce sujet brûlant. Une attitude qui en dit long sur l'embarras d'un régime qui préfère protéger la vitrine de Caracas plutôt que d'assumer ses responsabilités envers les régions.
La présidente par intérim Delcy Rodriguez, qui gouverne sous la pression de Washington après la capture de Nicolas Maduro en janvier, a soumis au pouvoir législatif une réforme du secteur électrique, sans résultat concret pour l'instant. En parallèle, elle a conclu avec les États-Unis un accord cédant 20% des réserves pétrolières du Venezuela, ainsi que des contrats avec des entreprises étrangères comme GE Vernova pour tenter de retrouver 5.000 mégawatts en quatre ans.
Un défi électrique colossal pour le Venezuela
Selon le député de l'opposition Ezio Angelini, le Venezuela produisait 20.000 mégawatts par jour avant l'arrivée de Hugo Chavez au pouvoir en 1999. Aujourd'hui, la production quotidienne moyenne est tombée à 12.000 mégawatts, alors que les besoins dépassent les 14.000. Un effondrement qui paralyse l'économie et exaspère une population déjà durement éprouvée.
Le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, en visite au Venezuela, a reconnu l'existence d'une « énorme capacité de production électrique » qui ne fonctionne pas, mais qui pourrait être réactivée « assez rapidement ». Une lueur d'espoir, mais qui ne console pas les habitants du Tachira, livrés à eux-mêmes dans l'obscurité.
Une crise qui s'étend à tout le pays
Des manifestations au son des casseroles ont également eu lieu à Barinas, Valence et Maracaibo, la capitale pétrolière. Le gouvernement a annoncé en août une réduction de la journée de travail dans le secteur public pour « apaiser » la crise, mais même plusieurs quartiers de Caracas commencent à subir des coupures. La bulle éclate enfin, et avec elle, le mépris d'un pouvoir qui a trop longtemps ignoré les provinces.
Cette situation rappelle tragiquement que lorsque l'État central confisque les ressources des régions au nom d'une prétendue unité nationale, il prépare sa propre chute. Le Tachira ne demande qu'à être entendu. Il est temps que justice soit faite.
FAQ : Comprendre la crise électrique du Tachira
Pourquoi le Tachira accuse-t-il Caracas de lui voler son électricité ?
La centrale thermique du Tachira produit environ 70 mégawatts, suffisamment pour couvrir les besoins locaux. Cependant, une grande partie de cette production est détournée vers le réseau national pour alimenter Caracas, où les coupures sont plus rares, laissant les habitants du Tachira subir des coupures pouvant dépasser 26 heures.
Quelles sont les conséquences de ces coupures pour la population ?
Les coupures paralysent l'activité commerciale, détruisent la chaîne du froid des producteurs agricoles et des éleveurs, et provoquent des pannes d'électroménagers à cause des surtensions. La population, excédée, organise des manifestations nocturnes pour dénoncer cette injustice.
Que fait le gouvernement vénézuélien face à cette crise ?
Le gouverneur pro-pouvoir Freddy Bernal évite le sujet, tandis que la présidente par intérim Delcy Rodriguez a soumis une réforme du secteur électrique au pouvoir législatif, sans résultat concret. Des accords avec des entreprises étrangères, comme GE Vernova, ont été signés pour tenter de restaurer 5.000 mégawatts en quatre ans.