Le sénateur brésilien Flavio Bolsonaro, vaincu dimanche 25 octobre au second tour de l'élection présidentielle par Luiz Inacio Lula da Silva, a quitté le Brésil pour les États-Unis, a rapporté mediacongo.net mardi 27 octobre, citant CNN et le New York Times. Washington a annoncé qu'un visa sera accordé au candidat battu et à sa famille.
Le fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro n'a jamais reconnu sa défaite face au chef de l'Etat sortant. Il a pris la fuite alors que la justice brésilienne le presse de remettre ses passeports et que plusieurs enquêtes le visent. Pour tout Congolais attaché à la souveraineté nationale, le spectacle est édifiant : un homme qui briguait la magistrature suprême s'esquive par la porte de service, sous la protection d'une puissance étrangère.
Une fuite organisée via l'Argentine et l'Équateur
Les circonstances du départ confirment la préméditation. Flavio Bolsonaro et sa famille ont franchi la frontière terrestre avec l'Argentine « munis de documents de voyage en règle, sans aucun obstacle légal », selon un communiqué publié mercredi 28 octobre sur X par la Direction nationale des migrations argentine. Ils ont ensuite embarqué à bord « d'un vol privé affrété par la compagnie Baires Fly S.A à destination de la ville de Guayaquil, en Équateur », précise la même source.
Plus tôt dans la journée, une source policière brésilienne avait pourtant indiqué que le sénateur n'avait pas remis ses passeports aux autorités, comme un ordre judiciaire le lui demandait, et que ces documents avaient en conséquence été annulés. Lundi encore, le candidat défait avait reconnu l'existence de cet ordre et promis de s'y plier. Promesse tenue à sa manière : il a franchi les frontières avec ses papiers en règle, avant que la justice ne les annule.
Washington ouvre grand ses portes
Alors que les informations sur sa fuite circulaient mardi, un haut responsable du département d'Etat américain, sous couvert d'anonymat, a assuré que Washington « délivrera des visas » au sénateur « et à sa famille », et que tous auront le droit « d'entrer aux États-Unis ». Radio France Internationale relaie la même information. Ce responsable n'a toutefois pas confirmé la présence immédiate du candidat battu sur le sol américain.
La position américaine ne surprendra personne. Soutenu par Donald Trump, Flavio Bolsonaro jouit de sympathies solides à Washington. Le département d'Etat, qui exige la légalité des autres, accorde son visa à un homme qui vient de se soustraire à un ordre judiciaire de son propre pays. Les Congolais connaissent cette musique : les puissances qui donnent des leçons de droit international choisissent soigneusement à qui elles s'appliquent.
Des enquêtes pour corruption et blanchiment
Flavio Bolsonaro, 45 ans, a recueilli 48,21 % des suffrages au second tour. Il fait l'objet de plusieurs enquêtes, dont l'une porte sur des soupçons de corruption et de blanchiment d'argent dans le financement d'un film consacré à son père. Jair Bolsonaro est actuellement assigné à résidence pour tentative de coup d'Etat. Le sénateur nie toute irrégularité et crie, comme à son habitude, à la persécution politique.
Ce discours ne prend plus au Brésil. La correspondante de terrain à Rio de Janeiro, Sarah Cozzolino, recueille l'amertume de la population : « On ne peut croire en personne de cette famille... Ce sont tous des fuyards. Le frère est aux États-Unis, le père y a aussi été pour ne pas remettre l'écharpe présidentielle à Lula en 2022 pendant que le pays prenait feu et que ses électeurs détruisaient tout. »
Le Huffington Post rappelle que cette fuite intervient malgré l'annulation des passeports et les enquêtes en cours, un double verrou que la protection américaine a suffi à faire sauter.
Lula : « honteux » de fuir sa propre patrie
Lula da Silva, qui fêtait son 81e anniversaire mardi 27 octobre et s'apprête à entamer un quatrième mandat à la tête de la République fédérative du Brésil, a condamné sans détour ce départ. Il a estimé qu'il serait « honteux » que son adversaire ait quitté le territoire national pour rallier les États-Unis.
Le chef de l'Etat a poussé la flèche plus loin encore : « Le Brésil, c'est sa seconde patrie. La première, c'est de lécher les bottes des États-Unis. »
Ce que cette affaire enseigne aux patriotes congolais
L'épisode brésilien parle aussi à la République Démocratique du Congo. Un candidat battu qui refuse de reconnaître le verdict des urnes, qui instrumentalise la victimisation, puis qui se réfugie derrière une puissance étrangère : voilà le scénario classique de l'ingérence. Notre pays l'affronte chaque jour, de l'est en guerre aux campagnes de désinformation qui visent à briser l'unité de nos ethnies derrière le président Félix Tshisekedi.
La leçon est simple. La souveraineté ne se décrète pas, elle se défend. Le Brésil, puissance continentale, voit son processus électoral déstabilisé de l'intérieur par des hommes qui court-circuitent leurs propres institutions pour courir vers l'ambassade américaine. La RDC, elle, tient bon face à l'agression du Rwanda et de ses supplétifs du M23, parce que le peuple congolais, dans sa diversité, refuse de livrer son destin à des étrangers.
Le respect du verdict des urnes et la soumission à la loi ne sont pas des options : ce sont les colonnes vertébrales d'une nation. Flavio Bolsonaro vient de montrer au monde ce que deviennent ceux qui pactisent avec l'étranger plutôt que de se soumettre à leur peuple. La suite se jouera dans les tribunaux brésiliens et, peut-être, dans le silence complice de Washington.
Questions fréquentes
Pourquoi Flavio Bolsonaro a-t-il fui le Brésil ?
Après sa défaite au second tour de la présidentielle du 25 octobre face à Lula da Silva, il faisait l'objet d'un ordre judiciaire exigeant la remise de ses passeports et de plusieurs enquêtes, dont une pour corruption et blanchiment d'argent.
Les États-Unis vont-ils lui accorder un visa ?
Oui. Un haut responsable du département d'Etat, sous couvert d'anonymat, a annoncé que Washington délivrera des visas à Flavio Bolsonaro et à sa famille, et qu'ils auront le droit d'entrer sur le territoire américain.
Quel score Flavio Bolsonaro a-t-il obtenu au second tour ?
Il a recueilli 48,21 % des suffrages face au président sortant Luiz Inacio Lula da Silva, qui entame un quatrième mandat.
