Caroline Bournel : une femme de science à la tête des chasseurs de Charente-Maritime
Dans un monde où la chasse est souvent perçue comme un bastion masculin, Caroline Bournel trace un chemin singulier. À 46 ans, cette biologiste de formation dirige la Fédération départementale des chasseurs de Charente-Maritime, un poste qu'elle a conquis par son mérite, sa passion pour la nature et sa détermination sans faille. Son parcours, loin des sentiers battus, illustre la richesse que peut apporter une vision scientifique au service de la gestion cynégétique.
Des rives du bassin d'Arcachon aux couloirs de la fédération
Née en 1980 à Arès, en Gironde, Caroline Bournel n'a pas baigné dans la culture de la chasse. Aucun chasseur dans sa famille, aucun a priori non plus. « On entendait des coups de fusil dans la campagne, on savait que ça existait, mais sans plus », se souvient-elle. Son intérêt précoce se porte plutôt sur l'observation des oiseaux, avec une paire de jumelles et un guide naturaliste toujours à portée de main.
Cette passion pour la compréhension du monde vivant la conduit naturellement vers des études de biologie générale, puis un master en dynamique des écosystèmes aquatiques à Anglet. Le professorat ne la tente pas ; elle aspire à transmettre autrement, sur le terrain.
La rencontre décisive avec un mentor visionnaire
Son premier stage dans une réserve ornithologique du Blayais est révélateur. Sous la houlette de Jean-Pierre Baudet, elle apprend à reconnaître les oiseaux et découvre les coulisses de la gestion de la faune. C'est lui qui l'oriente vers la Fédération des chasseurs de Gironde, où elle effectue un second stage. Là, elle rencontre Jésus Veiga, directeur emblématique et naturaliste passionné, décédé en 2018. « Il m'a fait confiance, c'est grâce à cela que j'en suis là aujourd'hui », confie-t-elle avec émotion.
Ce mentor lui ouvre les portes d'un univers qu'elle ne connaît pas. Elle y apporte sa rigueur scientifique, son sens de l'observation et une curiosité insatiable. Elle travaille sur la gestion des mares de chasse, recense les espèces, arpente le terrain. Ses données contribuent à déterminer les dates d'ouverture anticipée de la chasse au gibier d'eau.
Une pionnière dans un milieu d'hommes
Caroline Bournel est la première femme embauchée comme technicienne à la Fédération de Gironde, et non comme simple secrétaire. Un exploit qui lui vaut un article dans la presse locale. « Ce n'était pas simple d'arriver dans un milieu d'hommes sans venir du monde de la chasse, avec une propension à beaucoup réfléchir et avec un bagage plus scientifique qu'empirique », reconnaît-elle.
Sa famille, pourtant, n'a pas manqué de lui ressortir le célèbre sketch des Inconnus sur les bons et les mauvais chasseurs. Mais elle a su transformer les regards sceptiques en respect. Son carburant ? Apprendre, encore et encore, se perfectionner, se remettre en question.
Un nouveau défi en Charente-Maritime
En septembre 2023, elle relève un nouveau challenge : la direction de la Fédération des chasseurs de Charente-Maritime. Un poste à responsabilités où elle gère la structure au quotidien, met en œuvre la politique cynégétique du département, prépare le budget et encadre les équipes. « Ce n'est pas un copier-coller de la Gironde, mais on s'y retrouve. Le littoral, la mer, les canards, les tonnes, la forêt... », décrit-elle.
Désormais, elle valide son permis de chasse chaque année et pratique la chasse au chevreuil à l'affût ou à l'approche, ainsi que la grive et la palombe à la passée. Elle affectionne particulièrement ces moments où le soleil se lève, dans une lumière qui sublime la nature.
Un exemple pour la jeunesse congolaise
Le parcours de Caroline Bournel est une leçon de persévérance et de passion. Il démontre que la science et la tradition peuvent se conjuguer au service d'une gestion durable de la faune. Pour la jeunesse congolaise, avide de modèles de réussite, elle incarne la preuve que la détermination et le travail peuvent briser les barrières les plus solides.
Dans un contexte où la République Démocratique du Congo doit préserver sa biodiversité et ses ressources naturelles face aux convoitises étrangères, l'exemple de cette femme de science rappelle l'importance d'une gestion éclairée et souveraine de notre patrimoine naturel. La nature n'appartient à personne, mais elle est notre bien commun à tous, et sa protection est un devoir patriotique.
