Le président colombien Abelardo de la Espriella gouverne désormais en alternance entre Bogota et un nouveau quartier général installé sur une base militaire de Barranquilla, sur la côte caraïbe, rapporte La Libre.be en ce 20 octobre 2026. Ce palais présidentiel bis, de style néoclassique, est devenu en quelques semaines l'un des symboles les plus discutés de sa jeune présidence, entamée en août 2026.
Le bâtiment, entouré de jardins tropicaux, se veut l'incarnation de deux promesses de campagne : un pouvoir plus proche des régions et un rapprochement avec les forces de sécurité dans un pays frappé par la violence des groupes armés. Ses adversaires y voient une dépense dispendieuse et une dérive symbolique incompatible avec l'austérité promise par le chef de l'État.
Une « Maison Blanche » controversée au cœur d'une base militaire
L'édifice, rénové, date de 1938. Selon le gouverneur du département de l'Atlantico, les travaux ont coûté près de 650.000 dollars, un chiffre que les critiques jugent excessif au moment où la Colombie traverse une crise budgétaire. À ce montant s'ajoutent les frais des transferts aériens liés à une présidence à cheval entre Bogota, située mille kilomètres plus au sud, et la côte caraïbe.
Impossible, depuis les rues qui entourent le complexe, d'apercevoir la villa. Elle se trouve dans une zone restreinte de plus de 50.000 mètres carrés, l'équivalent de plusieurs terrains de football. Ses installations comprennent un bunker souterrain destiné à abriter le président et de hauts responsables en cas de crise. À l'extérieur, un panneau indique sobrement : « Présidence de la République. Liberté et Ordre ».
Ses opposants ont surnommé la bâtisse la « Maison Blanche de Temu », en référence à la plateforme chinoise de vente à bas coûts. Une moquerie qui agace le président colombien, admirateur déclaré de Donald Trump, et qui l'irrite au point de s'en prendre publiquement aux comparaisons diffusées sur les réseaux sociaux.
Décentralisation ou dérive du pouvoir ?
Le dirigeant de droite, élu sur un programme de fermeté contre le crime organisé, de défense des valeurs traditionnelles et d'austérité de l'État, est accusé par ses détracteurs de privilégier la symbolique au détriment de la substance. « La décentralisation consiste à transférer ressources et compétences aux régions, pas à déplacer le bureau du président », résument ses opposants.
À Barranquilla, ville de 1,3 million d'habitants rendue célèbre par ses carnavals et par la chanteuse Shakira, l'accueil est plus nuancé. « Pendant très longtemps, la côte et les régions en dehors de Bogota ont été oubliées », estime Libardo Charris, marchand de meubles de 54 ans.
« Je n'ai jamais vu le président par ici », confie à l'AFP Darlys Patricia Guerrero, vendeuse ambulante de 40 ans, qui trouve néanmoins « génial » que sa ville côtière héberge des bureaux de la présidence.
Gabriel Sanchez, commerçant de 47 ans, salue une région caribéenne devenue « plus visible ». « Ici, il y a plus de joie, plus de spontanéité », affirme Alejandra Diaz, 38 ans.
Barranquilla, « capitale alternative » ?
Le président se réfère à Barranquilla comme une « capitale alternative » et certains habitants rêvent d'y voir le siège du pouvoir. Les experts tempèrent. Le constitutionnaliste Juan Manuel Charry, interrogé par l'AFP, tranche : « Il ne s'agit pas d'une capitale alternative, mais d'un endroit où le président séjourne quelques jours et exerce ses fonctions ».
Transformer Barranquilla en siège officiel nécessiterait une réforme constitutionnelle et l'approbation du Parlement, un obstacle que les observateurs jugent difficile à franchir.
Un style présidentiel assumé
Le chef de l'État, ancien avocat et homme d'affaires millionnaire, arrive à Barranquilla en hélicoptère ou dans des convois de véhicules blindés. Il apparaît régulièrement vêtu d'un ensemble kaki, de lunettes noires et d'une casquette de baseball, un changement radical pour celui qui arborait des costumes cintrés. Récemment, il s'est affiché un pistolet à la ceinture lors d'une opération de sécurité dans une ville voisine.
La bâtisse a déjà accueilli des visiteurs de haut niveau, dont le secrétaire d'État américain Marco Rubio et la présidente costaricienne Laura Fernandez.
Questions fréquentes
Où se situe le nouveau palais présidentiel colombien ?
Il se trouve sur une base militaire de Barranquilla, sur la côte caraïbe, dans le nord de la Colombie, à mille kilomètres au nord de Bogota.
Combien ont coûté les travaux de rénovation ?
Près de 650.000 dollars, selon le gouverneur du département de l'Atlantico, sans compter les frais de transferts aériens de la présidence.
Barranquilla peut-elle devenir la capitale de la Colombie ?
Non, pas sans une réforme constitutionnelle approuvée par le Parlement, selon le constitutionnaliste Juan Manuel Charry.
