Publié le 19 octobre 2026 par Christian Luwawa
Paris vit une semaine politique d'une rare violence. À six mois de l'élection présidentielle française, l'exécutif d'Emmanuel Macron est attaqué de tous les côtés après une allocution télévisée qui a déçu, alors qu'un nouvel acte de la mobilisation citoyenne est attendu samedi 24 octobre. Selon Le Progrès, le pays traverse une crise qui dépasse la simple crise politico-institutionnelle pour toucher au régime lui-même.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a voulu afficher sa fermeté lundi en fin de matinée sur le perron de l'hôtel de Matignon, entouré de plusieurs ministres. « Quand c'est difficile, l'État tient », a-t-il lancé. Un message destiné à rassurer la population alors que le chef de l'État avait promis fermeté et aides après les violences du 17 octobre. Mais la formule peine à convaincre. L'allocution d'Emmanuel Macron, suivie par plus de 16 millions de téléspectateurs, un record, n'a séduit ni l'opposition, ce qui était prévisible, ni son propre camp.
Un camp présidentiel en plein éclatement
Les attaques les plus dures viennent de l'intérieur même de la majorité. Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat déclaré à la présidentielle, a été le plus cinglant. Le président du parti Horizons a regretté l'absence de réponses concrètes du chef de l'État.
« Notre pays a besoin d'être commandé. »
Gabriel Attal, patron de Renaissance et lui aussi en campagne, n'a pas été plus tendre. « L'autorité de l'État a failli », a tranché l'ancien locataire de Matignon, avant d'ajouter une charge frontale contre le gouvernement.
« Il faut qu'il prenne la mesure du traumatisme des Français. La réponse du gouvernement n'est pas à la hauteur de la situation. »
Dans l'entourage du député, les mots employés sur l'allocution présidentielle sont encore plus violents, rapporte Le Progrès. Le désaveu est total au sommet de la majorité sortante.
Les maires en première ligne face au sentiment d'effondrement
Les maires, qui ont appelé à des rassemblements devant leurs mairies ce lundi, ne ménagent pas non plus l'exécutif. Emmanuel Grégoire, maire de Paris, a exigé une réaction immédiate de l'État.
« Il est urgent que l'État fasse son boulot », a insisté l'édile parisien. « Il ne faut pas laisser prendre ce sentiment d'effondrement. »
Le chercheur en sciences politiques Bruno Cautrès, du Cevipof, analyse une présidence usée. « Cette allocution a donné le sentiment d'un pouvoir usé jusqu'à la corde et qui inspirait une certaine déconnexion avec la situation », a-t-il observé. Le politologue rappelle qu'Emmanuel Macron n'a plus que six mois devant lui avant de quitter l'Élysée.
« Le sablier est renversé, mais il doit limiter la casse et faire en sorte que les prochaines manifestations se passent bien, sans casseurs », a poursuivi Bruno Cautrès. Pour lui, la France se situe « entre la grave crise politico-institutionnelle et la crise de régime ».
De la guerre civile à la fin de règne : le vocabulaire s'embrase
À droite, Bruno Retailleau (LR) dénonce un « président incapable de rassurer les Français » et évoque le « spectre de guerre civile ». Jordan Bardella (Rassemblement national) fustige « un pouvoir qui s'effondre sur lui-même ». À gauche, Raphaël Glucksmann (Place publique) parle d'« une fin de règne extrêmement crépusculaire ».
Le Parlement s'est saisi du dossier. À la demande de Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, une commission d'enquête sur les scènes de chaos du week-end et sur leurs responsables devrait être entérinée dès mardi matin. Au Sénat, la commission des Lois a annoncé lundi le lancement d'une mission d'information sur les violences ayant émaillé les derniers jours.
Macron au Moyen-Orient pendant que Paris brûle
Pendant ce temps, Emmanuel Macron effectue un voyage officiel dans les quatre monarchies du Golfe, où il cherche des solutions concrètes sur les prix des carburants et de l'énergie. Selon Le Progrès, il suit heure par heure la situation française. Officiellement sourd aux critiques, il se rassurerait en notant que les manifestations ne touchent pas seulement la France mais plusieurs pays.
Une addition de crises qui s'allonge
Le tableau est lourd. La démission du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a été refusée par le chef de l'État. Les critiques pleuvent des politiques de tous les camps, des syndicats, des commerçants et des entreprises. Les taux d'intérêt de la France s'envolent. Les premiers couvre-feux ont été annoncés dans le nord du pays et à Paris. Les discussions budgétaires s'enlisent à l'Assemblée nationale.
Tous ces dossiers seront au menu de la séance des questions au gouvernement de mardi, annoncée plus qu'orageuse. La journée de samedi 24 octobre, avec ce que les organisateurs appellent déjà un « acte II » de la mobilisation, constituera le prochain test grandeur nature de la capacité de l'État français à tenir.
Questions fréquentes
Quand aura lieu le prochain rassemblement annoncé en France ?
Un « acte II » de la mobilisation est attendu samedi 24 octobre 2026, selon Le Progrès.
Qui a demandé la création d'une commission d'enquête sur les violences ?
Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, a demandé une commission d'enquête sur les scènes de chaos et leurs responsables. Elle devrait être entérinée mardi matin.
Combien de téléspectateurs ont suivi l'allocution d'Emmanuel Macron ?
Plus de 16 millions de téléspectateurs ont suivi l'allocution télévisée, un record selon Le Progrès.
Que fait Emmanuel Macron pendant la crise ?
Il effectue un voyage officiel dans les quatre monarchies du Golfe pour trouver des solutions sur les prix des carburants et de l'énergie.
