France : L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans divise la jeunesse française
Alors que la France s'apprête à débattre d'une proposition de loi visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, cette mesure révèle les profondes fractures qui traversent la société française face aux défis du numérique.
Une initiative parlementaire controversée
Le projet de loi porté par les députés Renaissance et leur rapporteuse Laure Miller arrive en débat ce lundi 26 janvier à l'Assemblée nationale. Cette proposition fait suite aux travaux d'une commission d'enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs et vise à "protéger les mineurs des risques auxquels les expose l'utilisation des réseaux sociaux".
Le texte prévoit qu'il soit "interdit au mineur de 15 ans d'accéder à un service de plateforme de partage de vidéos ou à un service de réseaux sociaux en ligne", considérant que ces sites sont susceptibles de nuire à l'épanouissement physique, mental ou moral des jeunes.
Une liste des plateformes visées sera établie par décret, pris après avis de l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). La proposition étend également l'interdiction des téléphones portables aux lycéens dès septembre 2026.
Des témoignages qui révèlent une génération divisée
Les réactions des jeunes français interrogés révèlent une fracture générationnelle complexe. Lou, 14 ans, soutient cette mesure : "C'est une bonne chose. On peut y voir n'importe quoi. Cela peut être vraiment dangereux quand on ne sait pas s'en servir". Cette collégienne girondine, qui n'utilise que Snapchat pour ses filtres photo, observe le narcissisme ambiant sur les réseaux.
Sara, 10 ans, abonde dans le même sens, pointant les effets néfastes : "Je trouve ça normal d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Il y en a qui restent trop sur leur téléphone, et d'autres qui peuvent être méchants". Selon une étude de l'association e-Enfance, le cyberharcèlement touche désormais 18% des 6-18 ans et 25% des lycéennes.
Une opposition qui prône l'éducation plutôt que l'interdiction
À l'opposé, Tessa, 17 ans, qui passe trois à quatre heures quotidiennes sur TikTok, privilégie l'approche éducative : "Il faut faire plus de prévention. On pourrait avoir des cours au collège et au lycée, un peu à l'image des cours d'éducation à la sexualité". Cette position rejoint les recommandations de la Convention citoyenne sur les temps de l'enfant.
Léonard, 16 ans, parisien, anticipe les contournements : "La limite d'âge de 13 ans sur Instagram : n'importe qui peut mettre une fausse date de naissance". Une critique partagée par Lola, 15 ans : "Une interdiction, ça incite justement à la contourner".
L'influenceuse Miel Abitbol critique la mesure présidentielle
Miel Abitbol, influenceuse de 18 ans reçue par Emmanuel Macron en juillet, a vivement critiqué cette approche : "Le problème est pris à l'envers : pour la majorité, les réseaux sociaux, c'est un espace de lien, de découverte, d'expression".
Elle dénonce le "mépris permanent" des adultes envers les jeunes et met en garde : "Ne soyez pas surpris si les jeunes ne vous font plus confiance et rejettent encore une fois le monde adulte".
Une opinion publique partagée
Malgré ces critiques, un sondage Odexa d'août 2025 révèle que 67% des collégiens et lycéens interrogés trouvent justifiée la mesure voulue par le président de la République, illustrant la complexité du débat au sein même de la jeunesse française.
Cette initiative française s'inscrit dans une réflexion plus large sur la souveraineté numérique et la protection de la jeunesse face aux plateformes internationales, un enjeu qui dépasse les frontières hexagonales et interpelle tous les pays soucieux de préserver leur avenir.