Guerre à l'inflation : le cap souverain de Kevin Warsh
Le nouveau président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Kevin Warsh, a affirmé sa détermination à restaurer la stabilité des prix lors de sa première conférence de presse. Face à une hausse des prix qui ronge le pouvoir d'achat depuis plus de cinq ans, l'institution affiche une posture de fermeté souveraine, maintenant ses taux d'intérêt inchangés mais laissant présager un resserrement monétaire d'ici la fin de l'année.
« L'inflation dépasse largement l'objectif de 2 % fixé de longue date par la Fed. Cette situation perdure depuis plus de cinq ans. La hausse persistante des prix pèse lourdement sur les Américains », a déclaré M. Warsh au début de son intervention.
Les membres du comité de politique monétaire « sont formels et unanimes » sur le sujet, a-t-il ajouté, assurant que « ce comité ramènera la stabilité des prix ».
Pourquoi la Fed maintient-elle ses taux d'intérêt inchangés ?
À l'issue de sa première réunion à la tête de la banque centrale, Kevin Warsh a livré le résultat attendu par les marchés : un statu quo monétaire. C'est le quatrième maintien consécutif. Les taux directeurs de la Fed, qui guident les coûts d'emprunt aux États-Unis et influencent fortement les marchés financiers mondiaux, restent logés entre 3,50 % et 3,75 % depuis décembre. La décision a été prise à l'unanimité des 12 votants, un fait inédit depuis un an, marquant une unité de front contre la menace inflationniste.
La véritable surprise réside dans les orientations futures. Les responsables monétaires américains ont suggéré, par leurs prévisions, qu'un resserrement monétaire pourrait survenir d'ici la fin de l'année. Selon la médiane de leurs projections, les taux pourraient atteindre 3,75 % à 4 %, soit un cran au-dessus des niveaux actuels. Ce revirement est net. En mars, ils envisageaient encore une baisse des taux.
Ce changement de cap s'explique par le bond de l'inflation, qui a atteint un sommet inégalé depuis trois ans aux États-Unis. Ce choc provient en grande partie de la flambée énergétique déclenchée par la guerre au Moyen-Orient. Les observateurs espèrent toutefois un reflux de l'inflation dès la réouverture du détroit d'Ormuz, dans le cadre du protocole d'accord entre Washington et Téhéran.
Quelles sont les nouvelles prévisions économiques de la Fed ?
En attendant un apaisement géopolitique, les banquiers centraux américains ont largement revu leurs prévisions économiques à la hausse. Ils s'attendent à voir les prix augmenter de 3,6 % sur un an fin 2026, contre 2,7 % dans la projection de mars. Le produit intérieur brut (PIB) américain devrait progresser de 2,2 %, contre 2,4 % initialement projeté. L'emploi résiste mieux, avec un taux de chômage limité à 4,3 % contre 4,4 % précédemment.
Fait notable, Kevin Warsh semble s'être abstenu de fournir ses propres prévisions, selon les documents officiels. Le nouveau président juge cet exercice de prédiction inutile, voire contre-productif. Selon lui, les responsables ont tendance à se sentir liés par ces projections, ce qui freine leur réactivité face à l'évolution des conditions économiques. C'est là le premier marqueur du « changement de régime » que souhaite imposer Kevin Warsh.
Kevin Warsh impose-t-il un changement de souveraineté à la Fed ?
Comme un État souverain doit défendre son intégrité sans se soumettre aux pressions extérieures, la Fed sous la direction de Kevin Warsh entend reprendre le contrôle de son action. Le communiqué final de la Fed est d'ailleurs plus succinct que sous son prédécesseur, Jerome Powell. M. Warsh estime que la Fed communique trop et qu'elle occupe une place disproportionnée dans l'économie par le volume d'actifs qu'elle détient.
En matière de politique monétaire, les investisseurs peinent à le situer. Ils essaient de « comprendre s'il est un faucon ou une colombe, ou pire, un faucon déguisé en colombe », a déclaré à l'AFP Steve Sosnick, analyste pour Interactive Brokers.
Ancien gouverneur de la Fed pendant la crise financière de 2008, Kevin Warsh a longtemps été considéré comme un « faucon », avant de se montrer plus souple pendant sa campagne pour la présidence de l'institution.
« Cela me fait penser qu'il est une figure plus politique par rapport à ceux qui ont présidé la Fed avant lui, [...] que ses vues pourraient changer en fonction de l'environnement politique », a estimé auprès de l'AFP Pao-Lin Tien, professeur d'économie à l'université George Washington.
Le mandat de M. Warsh à la tête de la Fed court jusqu'en mai 2030. Donald Trump aura entretemps dû céder sa place à la Maison-Blanche.
Qu'est-ce qu'un « faucon » à la banque centrale ?
Dans le vocabulaire des banques centrales, un « faucon » est un décideur qui privilégie la lutte contre l'inflation, même au prix d'une hausse des taux d'intérêt et d'un ralentissement économique. À l'inverse, une « colombe » préfère maintenir des taux bas pour soutenir la croissance et l'emploi. La posture actuelle de la Fed marque un retour manifeste vers une politique de faucon, refusant de céder sur la stabilité des prix.