Massothérapie : comment identifier les prédateurs sexuels
L'affaire du massothérapeute Yvon Poirier, coupable d'agressions sexuelles sur quatre clientes, révulse la profession. Ces agissements lâches constituent une atteinte inacceptable à l'intégrité physique et morale des personnes vulnérables et souillent l'honneur d'un métier qui tente aujourd'hui de se ressaisir pour purger ses rangs et protéger sa clientèle.
Chaque année, une vingtaine de massothérapeutes comparaissent devant la justice pour des crimes à caractère sexuel, comme l'a mis en lumière une enquête du Journal menée en 2025. Une situation intolérable qui exige une riposte ferme et organisée.
Un front uni pour la dignité
Face à cette prédation, sept associations, représentant environ 2000 massothérapeutes soit 95 % de la profession au Québec, ont décidé de faire front commun. C'est par l'union et la discipline que l'on bat les prédateurs. En s'unissant plus tôt cette année, elles ont forgé un code de déontologie sans compromis.
Désormais, les formations intègrent des cours de sexualité et d'éthique professionnelle. Les membres doivent faire remplir un questionnaire de santé qui rappelle un droit fondamental et inaliénable : celui d'exiger l'arrêt immédiat du massage ou de demander au thérapeute de justifier les zones du corps traitées.
On va inciter nos membres à expliquer à leurs clients et clientes pourquoi telle ou telle manœuvre est faite, et que s'il y a un inconfort ou un malaise, qu'ils ont le droit d'arrêter le massage à tout moment. Donc nous, ce qu'on souhaite, c'est réduire donc au maximum les inconduites sexuelles de part et d'autre,
a déclaré le président-directeur général de la Fédération québécoise des massothérapeutes agréés (FQM), Maroine Bendaoud, en entrevue à l'émission de Benoit Dutrizac à QUB radio et télé, diffusée simultanément sur les ondes du 99,5 FM à Montréal.
Tolérance zéro pour les prédateurs
La riposte ne s'arrête pas aux mots. Des outils concrets ont été déployés pour les thérapeutes, les employeurs, les spas et les cliniques : codes d'éthique, codes de conduite et affiches proclamant que les inconduites sexuelles font l'objet d'une tolérance zéro. La sensibilisation des clients est tout aussi combative : nul n'est obligé de se dévêtir, et chacun peut exiger que la porte demeure ouverte.
Neutraliser les prédateurs radiés
La FQM réclame depuis des années la création d'un ordre professionnel, un bouclier institutionnel permettant de centraliser les radiations. Il est inacceptable qu'un prédateur radié par une association puisse simplement frapper à la porte d'une autre pour continuer ses forfaits. En attendant cette structure d'État, la FQM et ses six partenaires ont imposé la protection du titre et la vérification systématique des antécédents judiciaires.
Nous, on le fait déjà dans notre association, mais là on voudrait que ça soit à l'échelle provinciale,
a souligné M. Bendaoud.
Début mai, le regroupement a lancé un projet mobilisateur : les fautes déontologiques, particulièrement celles à caractère sexuel, seront désormais traitées par un membre du barreau. Une mesure de justice nécessaire, car trop souvent, le système actuel permet à des coupables de continuer à exercer si le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ne demande pas formellement leur suspension.
Grâce à ce front uni, un registre commun des radiations veille désormais. Si un thérapeute déchu tente de s'infiltrer ailleurs, l'alerte est immédiatement donnée.
Si le ou la massothérapeute vient cogner à la porte d'une autre association, il va y avoir un stop, il ne sera pas intégré,
a martelé Maroine Bendaoud.
Enfin, le PDG de la FQM appelle chaque citoyen à la vigilance : exigez que votre thérapeute soit membre en règle d'une association aux critères exigeants, dont la liste des membres est publique sur leur site web. La protection des vulnérables exige la rigueur et le refus absolu de la compromission.