Le taux de mise en œuvre de l'Accord de Washington est retombé à 33,3 % fin octobre 2026, contre 35 % trois mois plus tôt. Plus d'un an après la signature de ce texte censé ramener la paix dans l'Est de la République démocratique du Congo, les armes n'ont pas cessé de parler, et le Rwanda continue de tergiverser sur ses engagements.
Le dernier rapport du Baromètre des Accords de Paix en Afrique (BAPA), repris le 3 novembre 2026 par mediacongo.net, chiffre précisément ce recul : 1,7 point de pourcentage perdus entre août et octobre 2026. Les engagements congolais sont passés de 31,7 % à 30,8 %, tandis que ceux du Rwanda ont reculé de 30,6 % à 29,5 %.
Un recul qui dit l'échec rwandais
Ce sont les chiffres du BAPA qui parlent, et ils sont sans appel. Alors que la République démocratique du Congo a tout fait pour honorer sa part du contrat signé le 27 juin 2025 sous médiation américaine, c'est bien la partie rwandaise qui traîne les pieds. Le rapport du baromètre africain, cité également par Reporter.cd, souligne que les discussions engagées en août au sein du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité, puis poursuivies du 20 au 22 octobre 2026, n'ont toujours pas abouti à un accord opérationnel.
Les deux parties ne sont pas parvenues à s'accorder sur le séquencement des opérations, les responsabilités respectives et les mécanismes de vérification. Résultat : au 31 octobre 2026, aucune nouvelle version de l'Ordre d'opérations (OPORD) n'avait été officiellement approuvée. Le dispositif censé organiser la mise en œuvre des engagements sécuritaires reste privé de cadre opérationnel actualisé.
Pourquoi le taux a-t-il baissé ?
Le BAPA a révisé à la baisse l'évaluation de deux tâches essentielles, dont les scores sont passés de 7,5 à 5 points sur 10, correspondant à une exécution minimale. Le rapport précise toutefois que cette révision concerne l'état d'avancement de la planification et ne signifie pas nécessairement une détérioration équivalente des obligations de fond.
Derrière ces chiffres se dessine surtout une difficulté persistante : transformer les engagements sécuritaires en opérations concrètes, coordonnées et vérifiables. Le désaccord autour de la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), du désengagement des forces et de la levée des mesures défensives rwandaises continue de bloquer plusieurs étapes essentielles. Le principal point de blocage se trouve dans le mécanisme opérationnel.
Ce constat rejoint l'analyse d'Actualite.cd, qui relève que la mise en œuvre de l'accord a enregistré un léger recul entre août et octobre 2026, alors même que les initiatives diplomatiques se multiplient. Entre les négociations de Washington, le processus de Doha et les mécanismes conjoints de sécurité, rien ne parvient, pour l'heure, à imposer une dynamique durable de pacification.
Sur le terrain, le contraste est saisissant
Pendant que les diplomates s'échinent sur des documents, les affrontements se poursuivent dans l'Est du pays entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l'AFC/M23, ce groupe armé soutenu par Kigali selon Kinshasa. Les accusations réciproques de violations des engagements et la méfiance entre les deux capitales compliquent davantage les efforts de désescalade.
Le peuple congolais, lui, continue de payer le prix du double jeu rwandais. Les populations du Nord-Kivu et de l'Ituri vivent sous la menace permanente des groupes armés, pendant que le Rwanda signe des accords à Washington et arme des mouvements séparatistes sur notre sol. Un accord de paix ne se mesure pas uniquement aux réunions tenues ou aux documents signés, mais à sa capacité à faire taire les armes, protéger les populations et rétablir la confiance.
La RDC a tenu ses engagements, Kigali doit rendre des comptes
La République démocratique du Congo a joué le jeu. Sous l'impulsion du président Félix Tshisekedi, elle a signé, négocié, accepté des mécanismes de vérification que le Rwanda, précisément, refuse de voir aboutir. Ce sont les chiffres du BAPA qui le confirment : les deux parties reculent, mais c'est Kigali qui bloque le mécanisme opérationnel dans son ensemble.
La communauté internationale, et les États-Unis en premier lieu, garants de cet accord, doivent désormais mettre le Rwanda face à ses responsabilités. Un accord signé à Washington ne vaut rien si son aile militaire, l'AFC/M23, continue de semer la mort dans le Kivu. La souveraineté de la RDC, l'intégrité de son territoire et la sécurité de ses populations ne se négocient pas à coups de pourcentages.
À Washington, la paix a été signée. Dans l'Est congolais, elle reste encore à construire. Et tant que le Rwanda n'aura pas livré ses engagements, ce sont les Congolais, toutes ethnies confondues, unies derrière leurs institutions, qui continueront d'en subir le coût.
Questions fréquentes
Quel est le taux de mise en œuvre de l'Accord de Washington ?
Le taux de mise en œuvre s'établit à 33,3 % fin octobre 2026, contre 35 % trois mois plus tôt, selon le dernier rapport du BAPA.
Quand l'Accord de Washington a-t-il été signé ?
L'accord a été signé le 27 juin 2025 entre Kinshasa et Kigali, sous la médiation des États-Unis.
Qu'est-ce qui bloque la mise en œuvre de l'accord ?
Le principal blocage porte sur le mécanisme opérationnel : les parties ne s'accordent pas sur le séquencement des opérations, la neutralisation des FDLR et les mécanismes de vérification.
