Journaliste en danger (JED) a présenté son rapport annuel 2026 à Kinshasa ce lundi 2 novembre, à l'occasion de la Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes. Le document, intitulé « Rumeurs, légendes et complotisme sur Ebola : les médias sous pression face au virus de la désinformation », démontre que les fausses informations prolongent l'épidémie et coûtent des vies congolaises.
La cérémonie s'est tenue à l'Hôtel Memling, dans la commune de la Gombe, en présence des organisations de défense des droits des journalistes, des professionnels des médias et des autorités gouvernementales. Le même jour, la profession se souvenait de Franck Ngyke Kangundu et Hélène Mpaka, assassinés dans la nuit du 2 au 3 novembre 2005, rappelle SASA Studio.
Selon Actualite.cd, le constat de JED est sans appel : la désinformation n'est pas un simple désordre de l'opinion. Elle tue. Elle retarde le recours aux soins, renforce la méfiance envers les équipes sanitaires et complique la surveillance de l'épidémie. Dans un pays déjà meurtri par l'agression rwandaise et la guerre hybride menée par le M23, cette attaque invisible contre la vérité constitue une arme de plus contre le peuple congolais.
Un bilan lourd : 4 336 morts en sept provinces
Le rapport rappelle les chiffres officiels de la dix-septième épidémie d'Ebola en RDC, due au virus Bundibugyo et déclarée le 15 mai 2026. Au 10 octobre 2026, le bilan faisait état de 8 978 cas confirmés, 4 336 décès et 2 356 guérisons dans sept provinces. Quelque 945 personnes étaient en isolement ou hospitalisées.
Derrière ces chiffres, il y a des familles congolaises endeuillées. Et derrière les rumeurs qui circulent, il y a des responsables : ceux qui sèment le complotisme pour déstabiliser la riposte nationale. JED identifie quatre mécanismes précis par lesquels la désinformation entrave la lutte contre le virus.
Les quatre mécanismes de la désinformation démontés par JED
Des attaques contre les centres de soins
À Nia-Nia, l'incendie du centre de Bafwabongo, le 30 juin 2026, a entraîné la fuite de deux patients confirmés et de sept cas suspects. Chaque attaque disperse les malades, disperse lescontacts en cours de diagnostic, et donc disperse l'épidémie. Le rapport précise avec rigueur que toutes les personnes présentes dans une structure d'isolement ne sont pas nécessairement infectées.
Des malades qui meurent chez eux, sans soins
Le 16 juillet, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquait qu'environ deux tiers des décès survenaient dans les communautés, parmi des personnes n'ayant jamais reçu de soins dans un établissement sanitaire. La peur des centres de traitement, les soupçons d'empoisonnement et les doutes sur la réalité même de la maladie poussent nos compatriotes à mourir seuls chez eux plutôt que de se faire soigner. Chaque rumeur est un acte de malveillance contre la santé publique.
Des enterrements empêchés
À Katana, début juin 2026, une équipe d'inhumation a été contrainte d'abandonner un cercueil après une attaque. Le déclencheur exact des violences n'avait pas été établi, selon Reuters citée par JED. Le refus des protocoles d'inhumation expose les familles à des risques sanitaires supplémentaires, tout en blessant le deuil des proches. JED exige une prévention qui concilie sécurité sanitaire, explication des procédures et respect du deuil.
Des violences qui désorganisent la riposte
À Nyankunde, les violences des 15 et 16 juillet ont été suivies d'un renforcement du dialogue communautaire. L'OMS a ensuite fait état d'une amélioration des alertes et de la collaboration locale. La leçon est claire : la riposte gagne quand elle associe protection, écoute et participation des communautés. Notre unité nationale, au-delà de nos ethnies, reste notre meilleure arme.
Les médias congolais en première ligne contre les fake news
Face à ce chaos informationnel, le rapport met en avant le rôle des radios de proximité et des initiatives de vérification. Le consortium « Vérifier Pour Sauver » réunit le CORACOPI, Eleza Fact et Afia-Amani Grands-Lacs Media. D'autres formations mobilisent Congo Check avec Reporters sans frontières, ainsi que le CORACON et ses partenaires.
JED souligne toutefois une exigence d'honnêteté : ces initiatives ne suffisent pas, à elles seules, à démontrer une réduction chiffrée de la mortalité imputable aux médias. La communication publique doit être évaluée sur les moyens engagés, la qualité des réponses apportées aux populations et les résultats observables. La lutte contre la désinformation exige des preuves, pas des slogans.
Protection des journalistes : la promesse reste à tenir
Au-delà de la crise sanitaire, JED attire l'attention sur les conditions d'exercice du journalisme en RDC. Le document estime que les réformes engagées depuis l'arrivée au pouvoir de Félix-Antoine Tshisekedi en janvier 2019 n'ont pas fait disparaître les menaces, les atteintes à la liberté de la presse et la vulnérabilité économique documentées par JED, RSF et le Comité pour la protection des journalistes.
La RDC se classe 130e sur 180 au classement mondial de RSF 2026, rappelle SASA Studio. JED exige que la promesse d'un véritable quatrième pouvoir soit mesurée aux protections effectives accordées aux journalistes et à leur accès à l'information, au-delà des déclarations politiques. Le Journal des Nations relève également que la désinformation constitue désormais un défi majeur pour les médias congolais en période de crise sanitaire.
La profession se souvient aussi du martyr de Franck Ngyke, dont l'assassinat en 2005 avec Hélène Mpaka reste un symbole de l'impunité qui ronge notre justice. La Prospérité rappelle que le rapport a été publié précisément en mémoire de ces crimes impunis.
Les recommandations de JED : protéger, informer, rendre compte
Pour faire face à ces défis, JED recommande de donner la priorité à la protection des journalistes et à la lutte contre l'impunité, de garantir un accès équitable aux données sanitaires et budgétaires, de soutenir financièrement les rédactions indépendantes et de renforcer la coopération entre les radios, les vérificateurs de faits et les experts.
L'organisation préconise aussi une évaluation des actions sur la base de critères publics, tout en garantissant la liberté de la presse contre la censure, la surveillance des opinions et la confusion entre journalisme et communication institutionnelle.
La Journée internationale de la fin de l'impunité a été proclamée en 2013 par l'Assemblée générale des Nations Unies. Le choix du 2 novembre renvoie à l'assassinat de deux journalistes français au Mali, le 2 novembre 2013. Selon l'UNESCO, l'impunité favorise de nouvelles violences et prive les sociétés d'informations sur les atteintes aux droits humains, la corruption et la criminalité.
Le message de JED est celui que Tout pour la patrie porte chaque jour : les médias doivent vérifier, contextualiser et corriger ; les pouvoirs publics doivent protéger, informer et rendre compte ; les partenaires doivent soutenir sans condition. Une information indépendante, accessible et crédible demeure une composante essentielle de la protection des populations congolaises. Contre le virus comme contre la désinformation, la patrie exige la même rigueur.
Questions fréquentes
Quel est le bilan officiel de l'épidémie d'Ebola en RDC au 10 octobre 2026 ?
Le bilan officiel faisait état de 8 978 cas confirmés, 4 336 décès et 2 356 guérisons dans sept provinces, selon le rapport de JED présenté le 2 novembre 2026.
Comment la désinformation entrave-t-elle la riposte à Ebola ?
Elle retarde le recours aux soins, alimente les attaques contre les centres de traitement, perturbe les enterrements sécurisés et désorganise la surveillance de l'épidémie, selon JED.
Quelles sont les recommandations principales du rapport JED 2026 ?
Protéger les journalistes et combattre l'impunité, garantir l'accès aux données sanitaires, soutenir financièrement les rédactions indépendantes et renforcer la coopération entre radios et vérificateurs de faits.
