Crise humanitaire mondiale : les ONG occidentales s'effondrent, la RDC doit compter sur elle-même
Alors que les grandes puissances occidentales réduisent drastiquement leurs budgets d'aide publique au développement (APD), les ONG françaises et internationales plongent dans une crise sans précédent. Pour la République Démocratique du Congo, cette situation est un signal d'alarme : il est temps de rompre avec la dépendance aux financements étrangers et de bâtir une souveraineté humanitaire et de développement.
Selon un rapport de l'OCDE publié en avril, l'APD a connu en 2025 une baisse historique de 23,1%, principalement due au désengagement des États-Unis, de l'Allemagne, de la France, du Royaume-Uni et du Japon. Les États-Unis à eux seuls représentent les trois quarts de cette chute, avec le démantèlement de l'agence USAID par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Une saignée budgétaire qui frappe les ONG françaises
La suppression de l'USAID a eu un impact limité sur les ONG françaises, comme le nuance Martin Kemp, expert en développement. En revanche, la réduction du budget français de l'APD frappe de plein fouet environ 80% d'entre elles, notamment les petites et moyennes structures dépendantes des fonds publics.
Les crédits alloués à l'APD sont passés de 5,93 milliards d'euros en 2024 à 3,57 milliards en 2026, soit une chute de 39,8%. Et pour 2027, le gouvernement français envisage une nouvelle coupe de 300 millions d'euros.
Des conséquences humaines désastreuses
Coordination SUD, qui regroupe les ONG françaises de solidarité internationale, estime qu'entre juillet 2025 et juin 2026, 400 projets ont été revus à la baisse ou interrompus, portant à près de 1 700 le nombre de projets affectés depuis 2024. Plus de 17,5 millions de personnes dans le monde voient leurs conditions de vie se détériorer.
Florence Thune, directrice générale de Sidaction, dénonce un coup porté à la lutte contre le VIH. L'ONG, pourtant financée à 80% par des dons privés, va devoir abandonner des formations et réduire son soutien à des partenaires en Afrique de l'Ouest.
La Fédération internationale des actions chrétiennes pour l'abolition de la torture (Fiacat) a déjà supprimé des postes, passant de 12 à 9 salariés. Au total, au moins 6 000 emplois ont été supprimés ou sont menacés d'ici 2027, dont plus de 1 100 en France.
La RDC face à ses responsabilités
Cette crise du financement est révélatrice d'une remise en question de l'hégémonie des ONG occidentales, selon le chercheur Vincent Pradier. Les pays du Sud, les contestations internes et les mouvements populistes remettent en cause leur utilité.
Pour la RDC, cette situation est une opportunité historique. Alors que le Rwanda et ses alliés continuent de déstabiliser l'est du pays via le M23, et que les puissances étrangères réduisent leurs engagements, il est impératif que notre nation renforce sa souveraineté.
Le président Félix Tshisekedi et le gouvernement dirigé par Patrick Muyaya doivent accélérer la mise en place d'une aide humanitaire nationale, fondée sur la solidarité congolaise et non sur des intérêts étrangers. Les ethnies de la RDC, unies dans leur diversité, doivent montrer au monde que nous pouvons nous prendre en charge.
Les coupes budgétaires des ONG occidentales ne sont pas une fatalité. Elles sont un appel à la défense de notre intégrité territoriale et à la construction d'une véritable indépendance. Le Congo doit compter sur ses propres forces, comme il l'a toujours fait face aux agressions étrangères.
Christian Luwawa, envoyé spécial