Éthiopie : l'ONU tire la sonnette d'alarme, la Corne de l'Afrique au bord du gouffre
Par Christian Luwawa
Alors que la République Démocratique du Congo mène un combat existentiel pour préserver son intégrité territoriale face aux agressions extérieures, la Corne de l'Afrique s'embrase à nouveau. L'Organisation des Nations Unies a lancé, ce lundi, un appel pressant à la désescalade dans le nord de l'Éthiopie, où la dégradation sécuritaire menace de plonger la région dans un conflit d'une violence inouïe.
Une mobilisation diplomatique tous azimuts
L'Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Corne de l'Afrique, Guang Cong, multiplie les consultations avec les acteurs nationaux et régionaux, en étroite coordination avec l'Union africaine et l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). L'objectif est clair : favoriser le dialogue et éviter le pire. Le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, a confirmé cette intensification diplomatique lors de son point de presse à New York.
Cette mobilisation témoigne de l'extrême gravité de la situation. Les peuples d'Afrique ne peuvent se permettre une nouvelle conflagration meurtrière, alors que le continent est déjà confronté à d'immenses défis sécuritaires et humanitaires.
Une situation humanitaire catastrophique
Sur le terrain, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) dresse un tableau alarmant. Les télécommunications sont gravement perturbées, les vols à destination et en provenance de la région du Tigré et de certaines localités de l'Amhara ont été suspendus, et de nombreuses routes sont bloquées. Ces entraves limitent considérablement la liberté de mouvement des travailleurs humanitaires et l'acheminement des secours, alors que les besoins ne cessent de croître.
Les opérations humanitaires souffrent également d'un manque criant de financements. Plusieurs partenaires ont réduit ou suspendu leurs activités, laissant un vide dangereux sur le terrain. Les acteurs humanitaires tentent néanmoins de maintenir une veille constante et d'évaluer rapidement les besoins signalés, notamment ceux liés aux déplacements massifs de populations.
L'ONU met en garde contre un embrasement régional
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, s'est dit « gravement préoccupé » par la détérioration rapide de la situation, particulièrement après la prise et l'occupation des trois aéroports de Mekelle, Axoum et Shire, ainsi que par l'intensification des combats au Tigré et dans les zones voisines. Il a exhorté toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue et à protéger les civils, afin d'éviter tout acte susceptible d'entraîner « un conflit plus large et plus dévastateur ».
Le chef de l'ONU a réaffirmé son soutien aux efforts de l'Union africaine, notamment à l'engagement de l'ancien Président nigérian Olusegun Obasanjo, pour réduire les tensions et permettre la reprise de négociations de bonne foi dans le cadre de l'Accord de Pretoria.
Des civils pris pour cible, une horreur qui rappelle le pire
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a dénoncé l'impact croissant des combats sur les populations civiles. Selon son Bureau, des frappes aériennes menées par les forces de défense nationale éthiopiennes, dont certaines avec des drones, auraient touché cinq écoles au Tigré le 22 septembre, faisant des morts et des blessés. Une frappe au mortier à Kobo, dans la région d'Amhara, aurait également fait des victimes civiles le lendemain.
M. Türk a également fait état de recrutements forcés de civils, y compris d'enfants, au Tigré, ainsi que de signalements de meurtres, de tortures, de détentions arbitraires et de déplacements forcés. Il a appelé toutes les parties à désamorcer immédiatement les tensions et les États disposant d'une influence sur les belligérants à agir de manière concertée pour obtenir une cessation des hostilités.
Cette tragédie éthiopienne interpelle la conscience africaine. Elle démontre, une fois de plus, la nécessité impérieuse de l'unité et de la solidarité entre les nations du continent face aux menaces qui pèsent sur leur souveraineté et leur stabilité. La RDC, qui connaît elle-même les affres de l'agression et du démembrement, ne peut que s'alarmer de ces développements. L'heure est à la vigilance et à la défense intransigeante de l'intégrité territoriale de chaque État africain.