Yémen : Taëz, nouvelle ligne de front contre l'expansionnisme houthi
La guerre au Yémen connaît un nouvel embrasement. Depuis la reprise des hostilités en juillet, les combats entre les Houthis et les forces gouvernementales, soutenues par l'Arabie saoudite, s'intensifient. La ville de Taëz, troisième agglomération du pays, est désormais au cœur d'une bataille décisive pour le contrôle des axes routiers et de l'autorité de l'État.
Rachad al-Alimi, président du Conseil de direction présidentiel yéménite, a annoncé le lancement d'opérations militaires visant à « reprendre les territoires de la République qui restent à reconquérir et à étendre l'autorité de l'État et de ses institutions à l'ensemble du territoire national ». Une déclaration que certains jugent toutefois peu crédible, à l'image de Farea al-Muslimi, chercheur associé à Chatham House, qui la qualifie d'« insignifiante ».
Les Houthis resserrent l'étau sur Taëz
Les forces houthies, qui contrôlent de vastes territoires depuis 2014, dont la capitale Sanaa, ont récemment pris le contrôle du littoral ouest bordant la mer Rouge. Selon trois sources au sein des forces armées yéménites, les Houthis se sont emparés du secteur et de l'axe d'approvisionnement au sud de Taëz. Des témoins rapportent d'intenses combats à al-Safiya et al-Samsara, deux localités situées le long de l'axe principal reliant Taëz au gouvernorat d'Aden.
La fermeture de cet axe routier empêche le gouvernement d'acheminer des provisions et des renforts à Taëz, majoritairement aux mains de ses forces. Une situation qui pourrait dégénérer rapidement, comme le souligne Ahmed Nagi, de l'ONG International Crisis Group : « L'essentiel est de savoir si les Houthis peuvent garder le contrôle des routes et resserrer progressivement l'étau autour de la ville. S'ils y parviennent, la situation humanitaire et militaire pourrait se dégrader très rapidement. »
Un bilan humain lourd et une menace sur les déplacés
Les combats dans la province de Taëz et ses environs ont fait plus de 70 morts en 24 heures, selon des sources des deux parties. L'émissaire de l'ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, s'est dit « alarmé » par l'intensification des hostilités et les dégâts dans le gouvernorat, qui « accueille actuellement la majorité des Yéménites récemment déplacés ». Les fermetures de routes empêchent notamment la fuite des habitants.
Malgré la pression, les habitants de Taëz affichent leur détermination. « Nous vaincrons et écraserons quiconque entrera dans Taëz. Nous n'abandonnerons pas Taëz », a juré Zakaria al-Dhubhani, promettant de ne pas laisser les Houthis « avancer d'un centimètre dans la ville ».
Une guerre régionale aux multiples fronts
Au-delà du Yémen, les Houthis s'en prennent régulièrement à leur allié saoudien. Ils ont mené de nombreuses frappes dans le royaume et décrété un blocus de la flotte saoudienne, premier exportateur mondial de brut. Le porte-parole du mouvement, Yahya Saree, a revendiqué des frappes sur des sites du géant pétrolier Aramco à Ryad et dans la région pétrolière de Khurais, provoquant « d'importants incendies ». L'Arabie saoudite n'a pas réagi dans l'immédiat.
Les combattants pro-iraniens accusent également Ryad de frappes dans les gouvernorats d'al-Jawf et de Saada, leurs fiefs, faisant état de deux blessés. La veille, l'armée régulière yéménite avait revendiqué des bombardements à Sanaa, à Saada et près de Taëz.
Quelles conséquences pour la stabilité régionale ?
Ryad est intervenu dans le conflit yéménite en 2015 à la tête d'une coalition internationale, plusieurs mois après le déclenchement de la guerre. Cette escalade intervient dans un contexte régional déjà explosif, marqué par les tensions au Moyen-Orient. La communauté internationale observe avec inquiétude la dégradation de la situation humanitaire et militaire au Yémen, alors que les Houthis, soutenus par l'Iran, poursuivent leur expansion territoriale.
Pour l'heure, la question demeure : les Houthis parviendront-ils à maintenir leur emprise sur les routes et à asphyxier Taëz ? Si tel était le cas, les conséquences pourraient être dramatiques pour les populations civiles et pour l'équilibre régional.
Photo : Le Telegramme