France: Laurent Duplomb relance sa guerre des pesticides malgré l'opposition massive
Le sénateur français Laurent Duplomb persiste et signe. Malgré la censure du Conseil constitutionnel en août dernier et une mobilisation citoyenne sans précédent, cet élu Les Républicains vient de déposer une nouvelle proposition de loi visant à réintroduire certains pesticides interdits en France.
Une obstination qui interroge
Cette nouvelle offensive législative déposée le 2 février 2025 cible spécifiquement l'acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes pourtant banni du territoire français, ainsi que la flupyradifurone. Ces substances, interdites pour leurs effets dévastateurs sur l'environnement et la santé publique, restent autorisées ailleurs en Europe, créant selon Duplomb une distorsion de concurrence.
Le parlementaire justifie sa démarche par la nécessité d'"atténuer une surtransposition relative à l'utilisation de produits phytopharmaceutiques afin d'éviter la disparition de certaines filières agricoles". Une rhétorique qui masque mal les véritables enjeux économiques derrière cette bataille juridique.
Un précédent juridique édifiant
Les Sages du Conseil constitutionnel avaient pourtant été clairs lors de leur censure estivale. Ils avaient estimé que "faute d'encadrement suffisant" sur la durée, le type de traitement et les filières concernées, cette mesure violait la Charte de l'environnement, qui garantit "le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé".
Cette fois, Duplomb assure avoir peaufiné son texte pour contourner les écueils constitutionnels. Le Conseil d'État sera saisi en amont, dans une stratégie juridique qui témoigne de la détermination de ses promoteurs.
Une mobilisation citoyenne historique
La première "loi Duplomb" avait provoqué un tollé sans précédent. Plus de 2,1 millions de citoyens avaient signé une pétition réclamant son abrogation, franchissant largement le seuil des 500 000 signatures nécessaires pour déclencher un débat parlementaire. Ce débat aura lieu le 11 février prochain à l'Assemblée nationale.
Cette mobilisation massive illustre le fossé grandissant entre les préoccupations environnementales des citoyens et certaines orientations politiques qui privilégient les intérêts économiques à court terme.
Des réactions politiques virulentes
L'opposition ne décolère pas. Aurélie Trouvé, députée de La France insoumise, dénonce "une nouvelle charge trumpiste" du sénateur. Benjamin Lucas, porte-parole du groupe Écologiste et social, va plus loin en questionnant les motivations réelles de Duplomb: "Soit il est convaincu que le cancer c'est bien, soit il est totalement à la solde des lobbies agro-industriels".
Même Emmanuel Macron a appelé à la prudence, soulignant la nécessité d'attendre l'avis du Conseil d'État avant toute décision.
Un enjeu de souveraineté sanitaire
Au-delà des considérations politiciennes, cette affaire soulève des questions fondamentales sur la souveraineté sanitaire et environnementale. Comment accepter que des substances interdites pour leur dangerosité puissent être réintroduites sous la pression de lobbies économiques?
La France, qui se targue d'être à l'avant-garde de la transition écologique, ne peut se permettre de reculer sur des acquis environnementaux aussi essentiels. La santé publique et la préservation de nos écosystèmes doivent primer sur les calculs électoralistes et les pressions industrielles.
Cette nouvelle bataille autour des pesticides révèle les tensions profondes qui traversent notre société entre impératifs économiques et urgence écologique. Elle témoigne aussi de la nécessité d'une vigilance citoyenne constante face aux tentatives de remise en cause des protections environnementales.