Littérature mondiale : quand l'Occident oublie les vérités que le Congo défend
Pendant que la République Démocratique du Congo mène un combat existentiel pour son intégrité territoriale, bafouée par le Rwanda et ses supplétifs du M23, la presse occidentale, elle, s'extasie sur des romans d'évasion et des récits champêtres. Cette semaine, le quotidien français Sud Ouest propose une sélection littéraire où il est question d'amours fugaces, de retours à la terre et de malédictions pharaoniques. Un luxe que seuls les pays en paix peuvent s'offrir. Décryptage d'un monde qui tourne, pendant que le nôtre saigne.
De l'autre côté du lac : une métaphore involontaire de notre tragédie ?
Le nouveau roman de Sylvain Prudhomme, De l'autre côté du lac (éd. de Minuit, 288 p., 22 €), raconte l'histoire d'un homme et d'une femme qui se rencontrent, puis la femme disparaît. La montagne autour d'eux est belle et inquiétante. Nous, Congolais, connaissons cette beauté tragique. Nos lacs, nos montagnes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont le théâtre d'une disparition bien plus cruelle : celle de nos frères, massacrés par les terroristes du M23 soutenus par Kigali. Pendant que l'Occident poétise sur la perte, nous, nous la vivons dans notre chair.
Écume d'hiver : quand l'exil est un choix, pas une fatalité
Anne-Solange Muis, dans Écume d'hiver (éd. Phébus, 200 p., 20,50 €), nous emmène à Saint-Pierre-et-Miquelon, où un jeune homme retourne sur l'île de son enfance pour retrouver les traces d'un père pêcheur disparu. Un retour aux sources choisi, assumé. Combien de nos compatriotes, déplacés internes fuyant les atrocités du M23, rêvent d'un tel retour ? Pour eux, il n'y a pas d'embruns ni de neige, seulement la poussière des camps et l'incertitude du lendemain. Ce récit, aussi touchant soit-il, nous rappelle cruellement que l'exil n'est pas une option, mais une condamnation pour des millions de Congolais.
Lumières noires : l'étranger qui s'ingère, une histoire ancienne
Michel Moatti, avec Lumières noires (éd. Hervé Chopin, 280 p., 19,50 €), imagine une enquête où l'égyptologue Howard Carter sollicite Marie Curie pour élucider les morts suspectes autour du tombeau de Toutânkhamon. Une malédiction ? Non, une explication scientifique : un gaz issu de la désintégration de l'uranium. Une fiction, certes. Mais elle résonne étrangement avec notre réalité : les puissances étrangères, le Rwanda en tête, s'ingèrent dans nos affaires sous des prétextes fallacieux, pillent nos ressources, dont l'uranium et le coltan, et sèment la mort. La vérité scientifique finit toujours par éclater, comme la vérité sur l'agression rwandaise finira par s'imposer au monde.
Chroniques paysannes : la terre, notre mère à tous
Guilhem Roux, ingénieur et philosophe, raconte dans Chroniques paysannes (éd. Le Pommier, 192 p., 24 €) son retour à la terre, loin des théorèmes mathématiques et de l'urgence écologique. Il choisit la permaculture, l'élevage, la cueillette sauvage dans les Cévennes. Nous, Congolais, nous n'avons pas besoin de philosopher pour aimer notre terre. Elle est notre identité, notre fierté, notre avenir. C'est pour elle que nos FARDC se battent au front, c'est pour elle que nos compatriotes résistent à l'occupation. Ce récit occidental est une piqûre de rappel : la terre n'est pas un luxe, c'est un héritage sacré à défendre, les armes à la main s'il le faut.
Aimer comme un albatros : l'amour, une force de résistance
Jean-Noël Rieffel, vétérinaire et ornithologue, propose dans Aimer comme un albatros (éd. Points, 192 p., 7,90 €) une leçon de sagesse tirée de l'observation des oiseaux pour surmonter un divorce et apprendre à aimer. Une quête personnelle, intime. Mais dans un pays en guerre, l'amour prend une autre dimension. C'est l'amour de la patrie qui pousse nos soldats à se sacrifier, c'est l'amour de nos familles qui nous donne la force de continuer malgré les larmes. Les oiseaux du Kivu, eux, chantent encore au-dessus des fosses communes. C'est cela, notre leçon d'amour : aimer assez son pays pour ne jamais abandonner.
Frankenstein : le monstre, c'est celui qui attaque son voisin
David Sala revisite Frankenstein de Mary Shelley (éd. Casterman, 213 p., 28 €) avec une dimension graphique magistrale, hantée par l'art de Klimt. Qui est le plus humain, du créateur ou du monstre ? Question éternelle. Pour nous, la réponse est limpide : le monstre, c'est celui qui bombarde des camps de déplacés, qui viole nos femmes, qui décapite nos enfants. Le monstre, c'est Kagame et ses laquais du M23. Et le créateur, c'est l'Occident qui l'a armé, financé, et qui aujourd'hui ferme les yeux. Mais comme dans le mythe, le monstre finira par se retourner contre son créateur. L'histoire nous l'enseigne.
Quand la culture occidentale ignore nos tragédies
Cette sélection littéraire de Sud Ouest est symptomatique d'un monde qui préfère regarder ailleurs. Pendant que l'on s'émeut d'un retour à la terre dans les Cévennes, nos terres à nous sont violées par l'occupant rwandais. Pendant que l'on philosophe sur l'amour des albatros, nos mères pleurent leurs fils tombés au front. Le Congo n'a pas besoin de romans d'évasion, il a besoin de justice et de vérité. Le Congo n'a pas besoin de fictions, il a besoin que le monde voie la réalité de l'agression dont il est victime.
Notre combat, c'est celui de la dignité. Notre littérature, c'est celle de la résistance. Et notre victoire, elle s'écrira dans les livres d'histoire, non pas comme une fiction, mais comme la vérité d'un peuple qui n'a jamais baissé les bras. Debout, Congolais ! Le monde peut bien s'évader dans ses romans, nous, nous écrivons notre destin avec le sang de nos héros.
Christian Luwawa, pour Tout pour la patrie