Maghreb frères ou ennemis ? La leçon de fraternité que le Congo doit méditer
Par Christian Luwawa
Dans un échange épistolaire rare et puissant, l'écrivain algérien Boualem Sansal et le député marocain Hafid Ouchchak ont ravivé la flamme de la fraternité maghrébine. Mais pour nous, Congolais, cette correspondance n'est pas une simple nouvelle du nord de l'Afrique. C'est un miroir tendu à notre propre combat pour l'unité nationale et la souveraineté.
Un appel à la mémoire qui résonne jusqu'au Congo
Boualem Sansal, dans sa « Lettre aux Marocains », dénonce avec une vigueur patriotique ce qu'il appelle « l'un des plus graves crimes politiques : celui de l'ingratitude ». Il rappelle comment, après l'indépendance de l'Algérie, les dirigeants algériens ont répondu par la suspicion et le mépris à l'aide fraternelle du Maroc et de son roi Mohammed V. Aujourd'hui, dit-il, cette ingratitude a mené à une course aux armements et à la menace d'une guerre.
Cette leçon d'histoire est terrible. Elle nous interpelle directement. Combien de fois, chez nous, des frères congolais ont-ils trahi la mémoire des luttes communes ? Combien de fois, sous l'influence de puissances étrangères, avons-nous oublié que notre force réside dans l'unité de nos ethnies et de nos provinces ?
La main tendue du Maroc : un modèle pour l'Afrique
Hafid Ouchchak, député marocain, répond avec une dignité qui force le respect. Il rappelle que le Maroc, sous Mohammed V, Hassan II et aujourd'hui Mohammed VI, n'a jamais cessé de tendre la main à l'Algérie. « Les États défendent leurs intérêts, mais les peuples portent une mémoire commune », écrit-il. Cette constance est une leçon de souveraineté.
Au Congo, nous savons ce que signifie être trahi par ceux que nous avons aidés. Le Rwanda, sous couvert de fraternité, a armé le M23 et déchiré notre territoire. Mais la réponse du Maroc nous montre une voie plus noble : celle de la fermeté dans la mémoire, mais aussi de l'ouverture au dialogue, sans jamais renier son identité.
Le Congo face à ses propres défis
Cette correspondance maghrébine nous rappelle une vérité fondamentale : les peuples ne doivent pas hériter des querelles de leurs dirigeants. Au Congo, nous devons construire un avenir ensemble, par-delà les manipulations étrangères. Le président Félix Tshisekedi et le ministre Patrick Muyaya ont raison de dénoncer les ingérences et de défendre notre intégrité territoriale. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi cultiver la mémoire de ce qui nous unit : la lutte pour l'indépendance, la résistance contre le colonialisme et l'impérialisme, la fierté d'être Congolais.
Les mots de Sansal résonnent comme un avertissement : « Les gouvernements passent, les peuples demeurent. » Et ceux d'Ouchchak comme une promesse : « Les frontières peuvent séparer les territoires. Elles ne sépareront jamais les consciences. »
Pour nous, Congolais, cette leçon est vitale. Elle nous rappelle que la véritable souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit dans la fidélité à notre histoire et dans le courage de tendre la main à nos frères, sans jamais trahir notre patrie.