Sahara : quand les dynasties familiales confisquent le pouvoir électoral
Dans les provinces du Sahara, une poignée de grandes familles verrouille l'accès aux postes électifs depuis des décennies. À chaque échéance législative, les mêmes noms reviennent en tête des listes, transformant la démocratie locale en une simple affaire de clan. Cette pratique, dénoncée par la presse marocaine, pose un grave problème d'alternance et de représentativité.
Qui sont les familles qui monopolisent les listes électorales ?
Selon le quotidien Al Akhbar, quatre familles dominent le paysage électoral saharien. Il s'agit des familles Ehl Errachid à Laâyoune, Abba Abdelaziz à Boujdour, Hormatallah à Dakhla et Bouaida à Guelmim. Les deux premières sont affiliées au parti Istiqlal, tandis que les deux autres appartiennent au Rassemblement national des indépendants (RNI).
Ces clans familiaux ne se contentent pas de briguer un seul siège. Ils placent leurs enfants, leurs frères, leurs cousins et leurs proches à tous les niveaux de la représentation politique. Le père, la fille, le fils, le neveu : toute la famille se retrouve sur les listes, évinçant les militants de base et les candidats plus expérimentés.
Comment la famille Hormatallah verrouille Dakhla
À Dakhla, Mohamed Lemine Hormatallah, coordinateur régional du RNI, est tête de liste pour la circonscription d'Aousserd. Il est député de cette région depuis sa réintégration au Maroc. Pour les prochaines législatives, il aurait exercé une forte pression sur la direction du RNI afin que sa fille soit promue tête de la liste nationale des femmes à Dakhla. Il a obtenu gain de cause : la candidate initialement proposée a été écartée au profit de sa fille.
Son frère, Erragheb Hormattallah, est président du Conseil communal de Dakhla et coordinateur régional de la jeunesse du RNI. Ainsi, une seule famille contrôle à la fois le parti, la commune et la représentation parlementaire.
À Guelmim, les Bouaida tissent leur toile
Plus au nord, dans la région de Guelmim-Oued Noun, c'est la famille Bouaida qui étend son emprise. Mbarka Bouaida, coordinatrice régionale du RNI, tire toutes les ficelles. Elle a placé sa sœur Nadia Bouaida en tête de liste pour la circonscription de Guelmim, et sa jeune cousine Mariem Bouaida, novice en politique, comme tête de liste des femmes. Des militants locaux ont contesté ce choix, estimant que Hind Saad, militante expérimentée, était bien plus légitime.
À Laâyoune et Boujdour, les dynasties Istiqlaliennes
À Laâyoune, la famille Ehl Errachid est incontournable. Moulay Hamdi Ould Errachid, coordinateur régional de l'Istiqlal, sera sans surprise tête de liste. Son fils Mohamed Ould Errachid préside la Chambre des conseillers, tandis que son neveu, surnommé Hamdi Sghir, est président du Conseil régional de Laâyoune-Sakia El Hamra.
Dans la province de Boujdour, Abba Abdelaziz sera à nouveau tête de liste pour l'Istiqlal. Sa fille, élue une première fois en 2016, se représente comme tête de liste des femmes. Son fils Mohamed Abba est président de la Commission des finances au Conseil régional.
Quelles leçons pour la République Démocratique du Congo ?
Ce système de confiscation dynastique du pouvoir électoral n'est pas sans rappeler certaines pratiques observées ailleurs en Afrique. Pour la RDC, cette information est un signal d'alarme. Notre pays, engagé dans la consolidation de sa démocratie, doit impérativement éviter que les mêmes familles ne s'approprient les postes électifs au détriment du peuple congolais.
Le président Félix Tshisekedi et le ministre de la Communication Patrick Muyaya ont raison de promouvoir une gouvernance transparente et inclusive. La lutte contre l'impunité et le népotisme doit être une priorité nationale. Car si au Sahara des familles verrouillent le pouvoir depuis des décennies, en RDC, nous devons garantir que chaque citoyen, quelle que soit son ethnie ou sa région, puisse accéder aux responsabilités par le mérite et non par le nom.
L'unité nationale et la souveraineté de notre pays passent par des institutions fortes, où l'alternance est réelle et où les intérêts familiaux ne priment pas sur l'intérêt général. C'est le combat que mène le gouvernement congolais face aux ingérences étrangères et aux forces séparatistes. Ne laissons pas les dynasties familiales miner notre démocratie naissante.
FAQ
Quelles sont les principales familles qui monopolisent les listes électorales au Sahara ?
Les quatre familles dominantes sont les Ehl Errachid à Laâyoune, les Abba Abdelaziz à Boujdour, les Hormatallah à Dakhla et les Bouaida à Guelmim.
Pourquoi cette situation pose-t-elle un problème démocratique ?
Elle empêche l'alternance politique et exclut les militants de base, les femmes expérimentées et les jeunes talents au profit d'un système clanique où le nom de famille prime sur la compétence.
Quel lien avec la RDC ?
Cet exemple montre les dérives possibles du système électoral si des garde-fous solides ne sont pas mis en place. La RDC doit s'inspirer de ces erreurs pour renforcer sa propre démocratie.