Le suicide, longtemps tabou en République démocratique du Congo, a été reconnu officiellement comme un problème de santé publique majeur, le mercredi 10 septembre, à Kinshasa, lors de la célébration de la première Journée mondiale de prévention du suicide organisée dans le pays. C'est le Secrétaire général à la Santé publique, le Dr Body Ilonga Bompoko, qui a porté ce message devant un parterre de partenaires et d'acteurs sanitaires.
Le constat est sans appel. Selon les données rapportées par mediacongo.net, le Système National d'Information Sanitaire a notifié, au deuxième trimestre 2024, 958 tentatives de suicide et 54 décès, soit une hausse de 123 % par rapport au trimestre précédent. Des chiffres qui imposent à l'État congolais une réponse à la hauteur du drame silencieux qui frappe nos familles.
Une réalité méconnue que le pays ne peut plus ignorer
En RDC, cette première édition a eu pour thème : « Suicide, une réalité méconnue en République Démocratique du Congo ». Le Dr Body Ilonga a justifié ce choix comme un appel à rompre le silence, à combattre les préjugés et à faire de la prévention une responsabilité partagée par tous.
« Le suicide est un problème de santé publique, mais aussi une épreuve tant humaine, familiale que sociale », a-t-il souligné.
Le Secrétaire général à la Santé publique a insisté sur un point : le suicide n'est pas une fatalité. Il peut être évité lorsque les signes de détresse sont identifiés, lorsque la parole est accueillie sans jugement et lorsque les soins sont accessibles.
« Demander de l'aide doit être reconnu comme un acte de courage. Écouter, soutenir, orienter peut sauver une vie », a-t-il ajouté.
Des chiffres qui interpellent la nation
Le représentant des partenaires techniques et financiers de l'Organisation Mondiale de la Santé, M. Etienne Mpoyi, a rappelé qu'en 2021, environ 727 000 personnes sont mortes par suicide dans le monde. Le suicide constitue actuellement la troisième cause de décès chez les jeunes âgés de 15 à 29 ans, et près de 73 % de ces décès surviennent dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires.
Concernant la RDC, le Mental Health Atlas 2020 de l'OMS estimait, pour 2019, un taux de mortalité standardisé par suicide de 12,41 décès pour 100 000 habitants. Un niveau alarmant pour un pays dont la population est majoritairement jeune.
Le Dr Gédéon Samba, Directeur du Programme national de santé mentale, a rappelé que la prévention du suicide figure parmi les cibles des Objectifs du Développement Durable, avec un horizon fixé à 2030.
« Certes, nous avons connu du retard, mais il est encore possible de nous rattraper », a-t-il déclaré.
Les causes : un contexte congolais marqué par les crises
Le suicide résulte rarement d'une cause unique, a rappelé l'initiative. Il peut être lié à des troubles mentaux, aux violences, aux conflits armés, aux déplacements de populations, aux pertes, à la pauvreté, à l'usage de substances psychoactives, à l'isolement et aux discriminations.
Ces facteurs parlent douloureusement aux Congolais. Les déplacements massifs de populations dans l'est du pays, provoqués par l'agression du Rwanda et les exactions du M23, placent des millions de nos compatriotes dans une détresse psychologique profonde. Les familles déchirées, les enfants orphelins, les survivants des massacres : voilà le terreau silencieux d'un drame que la nation doit regarder en face. Un pays qui se bat pour son intégrité territoriale doit aussi se battre pour la santé mentale de ses fils et de ses filles.
La réponse du Ministère de la Santé publique
Dans la perspective de la Couverture Santé Universelle, le Ministère de la Santé affirme vouloir garantir, pour chaque Congolaise et chaque Congolais, l'accès à des services essentiels de soins de qualité, y compris les services de santé mentale, sans difficultés financières.
Plusieurs actions prioritaires sont identifiées avec le Programme National de Santé Mentale : l'intégration de la santé mentale dans les soins de santé primaires, le renforcement des capacités des prestataires et des acteurs communautaires, l'amélioration de la détection précoce et de la continuité des soins, ainsi que la lutte contre la stigmatisation.
Le Dr Body Ilonga a également appelé à consolider une collaboration multisectorielle impliquant l'éducation, les affaires sociales, la justice, les droits humains, la jeunesse, la communication et la sécurité, mais aussi les organisations de la société civile, les communautés religieuses, les familles et les chercheurs.
« La prévention doit atteindre les écoles et les universités, les lieux de travail, les structures de santé, les communautés touchées par les crises et tous les espaces où une personne vulnérable peut être repérée et soutenue », a-t-il relevé.
Le rôle des médias et de la communauté
La manière dont les médias parlent du suicide compte également. Comme l'a relevé Phys.org, un traitement médiatique responsable peut sauver des vies en sortant la question du silence et en attirant l'attention sur les conditions sociales qui y contribuent. À l'heure où la RDC combat la désinformation sous toutes ses formes, une information juste et rigoureuse sur la santé mentale s'impose.
Cette journée a été organisée par le Ministère de la Santé publique, hygiène et prévoyance sociale, en partenariat avec l'OMS, l'OIM, le KFW et la coopération allemande. La mobilisation de la communauté internationale aux côtés du Congo dans ce combat sanitaire mérite d'être saluée.
Questions fréquentes
Quel est le taux de suicide en RDC ?
Selon le Mental Health Atlas 2020 de l'OMS, le taux de mortalité standardisé par suicide était de 12,41 décès pour 100 000 habitants en 2019. Au deuxième trimestre 2024, le SNIS a notifié 958 tentatives et 54 décès par suicide.
Le suicide est-il évitable ?
Oui, selon le Dr Body Ilonga Bompoko, Secrétaire général à la Santé publique, le suicide n'est pas une fatalité : il peut être évité lorsque les signes de détresse sont identifiés et que les soins sont accessibles.
Quelles sont les causes du suicide ?
Le suicide résulte rarement d'une cause unique : troubles mentaux, violences, conflits armés, déplacements de populations, pauvreté, isolement et discriminations figurent parmi les facteurs identifiés.
