Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé, ce 7 novembre 2026, les tentatives d'intimidation visant le média en ligne La Guardia, basé à Lubumbashi, après la publication d'une enquête sur les conséquences sanitaires et environnementales présumées des activités minières de Luilu Ressources SAS dans le Lualaba.
Le 19 septembre, La Guardia a relayé les alertes de deux associations locales concernant la situation dans la localité de Noa, dans la province du Lualaba. Selon Actualite.cd, qui rapporte l'ensemble de cette affaire, la rédaction avait sollicité l'entreprise avant la publication, sans recevoir de réponse. Ce qui a suivi ressemble à une tentative de corruption en bonne et due forme, avec offres d'argent, menaces à peine voilées et mise en demeure d'huissier.
5 000 dollars proposés pour faire disparaître un article
Les pressions auraient commencé le 28 septembre, selon le récit recueilli par RSF auprès de la rédaction. Un intermédiaire, qui s'était présenté comme journaliste lors d'un échange téléphonique, a d'abord proposé une rencontre à Simplice Bambe, auteur de l'article, puis lui aurait offert 2 500 dollars en échange du retrait du texte. Le journaliste affirme avoir refusé.
« On nous a proposé 5 000 dollars pour retirer notre article », témoigne Godlive Nyemba, directrice de La Guardia, auprès de RSF.
Le 6 octobre, l'intermédiaire s'est présenté dans les locaux du média à Lubumbashi, accompagné d'un avocat et de la responsable juridique de Luilu Ressources SAS. Au cours de cette rencontre, cette dernière aurait averti les membres de la rédaction que, si l'article n'était pas retiré, ils allaient « en subir les conséquences ». Le lendemain, un huissier a remis au média une mise en demeure exigeant le retrait de l'article et évoquant des poursuites judiciaires.
La rédaction affirme avoir proposé à plusieurs reprises à l'entreprise de publier un droit de réponse, une possibilité d'abord rejetée. Une nouvelle proposition de 5 000 dollars a ensuite été formulée par téléphone à Denise Maheho, rédactrice en chef de La Guardia, qui l'a également déclinée. Le 9 octobre, la responsable juridique de l'entreprise aurait contacté Godlive Nyemba sur WhatsApp pour réitérer les menaces, selon les éléments rapportés à RSF.
Une entreprise conteste, des journalistes tiennent bon
Dans son droit de réponse publié le 11 octobre, Luilu Ressources SAS rejette les accusations relayées par La Guardia, qu'elle qualifie de « contre-vérités ». L'entreprise affirme qu'« aucune maladie résultant de ses activités n'a été détectée à ce jour », tout en indiquant poursuivre ses investigations. Elle se réserve le droit de saisir la justice.
Elle reproche notamment au média de ne pas avoir vérifié les accusations relayées et conteste l'authenticité de la photographie illustrant l'article, affirmant que le cliché aurait été pris au Malawi. Simplice Bambe soutient de son côté que la photo a été prise à Kolwezi, le 26 août 2026.
Les pressions ne se sont pas arrêtées aux portes de la rédaction. Le responsable d'une organisation ayant contribué à une déclaration de soutien à La Guardia, signée par une cinquantaine d'organisations, a confié à RSF que la même responsable juridique l'avait contacté pour lui demander de retirer son soutien au média. Cette solidarité de la société civile s'est exprimée dans un communiqué conjoint d'Afrewatch, où les organisations œuvrant dans le secteur des ressources naturelles dénoncent fermement les actes d'intimidation, les menaces et les harcèlements exercés par Luilu Ressources SAS à l'encontre du média en ligne et de membres de l'Association pour le Développement Durable de Luilu, une ASBL communautaire basée dans le Lualaba.
RSF appelle les autorités congolaises à enquêter
Pour Jeanne Lagarde, responsable du plaidoyer du bureau Afrique subsaharienne de RSF, les menaces rapportées par La Guardia sont inacceptables et risquent de décourager les journalistes d'enquêter sur les conséquences des activités minières pour les populations.
« Aucun journaliste ni aucun média ne doit être inquiété pour avoir fait son travail d'information sur un sujet d'intérêt public », a-t-elle souligné, appelant Luilu Ressources SAS à mettre immédiatement fin à ses tentatives d'intimidation et les autorités congolaises à enquêter sur ces faits.
Selon les journalistes de La Guardia, les menaces ont depuis cessé. La rédaction affirme toutefois rester vigilante face à d'éventuelles représailles.
« Quand on vous dit que vous allez
